Luc Bassong : "Avoir une autre vision de l'immigrant"

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Interview (version intégrale) de Luc Bassong, auteur de Comment immigrer en France en 20 leçons (éd. Max Milo).

Vous êtes français, pourquoi avoir écrit un livre sur l'immigration clandestine ?

J'en avais envie depuis longtemps. Dans ma famille [d'origine camerounaise] beaucoup ont immigré, de façon légale tels mes parents à la fin des années 1960, ou illégale, tel cet oncle qui a fait un mariage blanc avec une Chinoise américaine. Et j'ai eu ma propre expérience : il y a deux ans, j'ai quitté Paris pour Londres. Cela a été difficile. Alors imaginez quand on vient d'Afrique.

Le sujet est sérieux, mais vous avez adopté la forme du roman humoristique, pourquoi ?

J'ai voulu que le lecteur ait une autre vision de l'immigrant, qu'il mette les chaussures d'Isaac (le héros) et comprenne ses émotions.

Quelles sont-elles ?

Les politiques d'immigration transforment des milliers d'Africains en clandestins. Ils sont alors confrontés à des sentiments schizophrènes : considérés comme des parias ici, mais comme des héros chez eux. Il y a un gâchis terrible.

En 1999, vous êtes parti travailler au Cameroun pour une PME locale. Comment s'est passé ce retour aux sources ?

Quand on m'a proposé ce poste, je me suis dit «l'Afrique a besoin de sa diaspora». J'ai démissionné, quitté ma copine et je suis parti. A l'arrivée, j'ai dû faire allégeance à des petits potentats me considérant comme un faire-valoir. J'ai vite déchanté. Je suis rentré au bout de neuf mois. 

Que pensez-vous du projet de loi Sarkozy sur l’immigration ?

Je m’interroge sur sa finalité : est-il fait pour apporter une véritable réponse à un problème crucial ? Ou est-ce juste une réponse politique aux inquiétudes de l’opinion ? Ne pas régulariser les immigrés après dix ans de présence sur le sol français, est-ce que cela ne risque pas de transformer les gens en vandales, par dépit ? Il parle d’immigration choisie : si on prend les cerveaux d’Afrique, comment le continent va-t-il se développer ? Et son système de trieuse ne peut pas fonctionner: on garde ceux qui courent le 100 mètres en 10 secondes et on rejette les autres ? Ca ne marchera pas.

Que pensez-vous du projet de Co-développement de la ministre de la Coopération, Brigitte Girardin?

Il faut voir sur la durée. Une chose est certaine, l’aide bilatérale ne fonctionne pas. La France a trop longtemps soutenu des dictateurs. Il faut échapper aux structures lourdes et délocaliser l’aide. La France peine à croire en l’existence d’une société civile africaine, pourtant cette dernière fait vivre la cité.

Recueilli par Clémence Lemaistre