Zone euro: Standard & Poor's menace d'abaisser la note de 15 pays, avant le sommet de l'UE

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La tension est montée d'un cran dans la zone euro mardi après la menace de Standard & Poor's (S&P) de réviser à la baisse la note de 15 pays, à deux jours d'un sommet européen sur lequel reposent dorénavant tous les espoirs, y compris ceux des partenaires des Européens, Etats-Unis en tête
La tension est montée d'un cran dans la zone euro mardi après la menace de Standard & Poor's (S&P) de réviser à la baisse la note de 15 pays, à deux jours d'un sommet européen sur lequel reposent dorénavant tous les espoirs, y compris ceux des partenaires des Européens, Etats-Unis en tête — David Gannon afp.com

La tension est montée d'un cran dans la zone euro mardi après la menace de Standard & Poor's (S&P) de réviser à la baisse la note de 15 pays, à deux jours d'un sommet européen sur lequel reposent dorénavant tous les espoirs, y compris ceux des partenaires des Européens, Etats-Unis en tête.

"Les yeux du monde entier sont tournés vers l'Europe", a ainsi déclaré à Berlin le secrétaire américain au Trésor Timothy Geithner, se disant toutefois "très encouragé par les événements des deux dernières semaines en Europe".

Il s'exprimait aux côtés du ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble, qui s'est dit "très confiant (dans le fait) que les décisions prises le 9 décembre" contribueront à "un retour de la confiance" des investisseurs.

Ceux-ci avaient pourtant du grain à moudre mardi : S&P a menacé de réviser à la baisse la note de la dette de 15 des 17 pays que compte la zone euro, dont l'Allemagne et la France, qui bénéficient actuellement de la meilleure possible, le fameux "triple A".

Les marchés boursiers européens ont accusé le coup : Paris a lâché 0,68%, Milan 0,49% et Francfort 1,27%.

Pour l'Allemagne, l'un des pays les plus solvables de la zone euro, la perte du "AAA" serait un coup dur, et d'aucuns dans le pays n'hésitaient pas à crier au complot.

La chancelière Angela Merkel et le président français Nicolas Sarkozy ont pourtant tout fait pour donner l'impression que les choses avancent dans le règlement de la crise qui embrase la zone euro. Ils ont proposé lundi soir un "nouveau traité" européen, à 27 ou si besoin à 17. Cet accord franco-allemand doit être discuté à partir de jeudi soir par les dirigeants européens.

Selon des sources diplomatiques mardi soir, les pays de la zone sont engagés dans d'intenses tractations en vue du sommet de jeudi et vendredi pour trouver un moyen de renforcer leur Fonds de secours financier face à l'aggravation de la crise de la dette.

Plusieurs options sont évoquées. L'une d'elles reviendrait à doter l'Union monétaire, pendant une phase temporaire, de deux dispositifs de soutien financier au lieu d'un seul aujourd'hui, le Fonds de stabilité financière (FESF), selon ces sources.

Le chef de file des ministres des Finances de la zone euro, Jean-Claude Juncker, a vivement réagi aux commentaires de S&P, dénonçant une menace "exagérée et aussi injuste".

Le gouverneur de la Banque de France Christian Noyer a, quant à lui, jugé "complètement à contretemps" cette menace, estimant qu'elle répondait à des critères davantage politiques qu'économiques.

Toutefois, Mme Merkel a relativisé la portée de cette nouvelle, déclarant qu'elle voulait "continuer sur le chemin" des réformes.

M. Schäuble a même voulu y voir la "meilleure incitation possible" à agir au sommet européen. "Je ne peux rien imaginer de plus efficace", a-t-il ajouté.

Côté français, le Premier ministre François Fillon a dit à l'Assemblée nationale (chambre basse du parlement) que l'annonce de l'agence de notation constituait un "avertissement collectif" qui rend incontournable un désendettement.

Une révision à la baisse des notes souveraines de la quasi-totalité des pays de la zone euro aurait un "large impact" sur l'économie, selon les analystes de Barclays Capital. D'autres émetteurs de dette, comme les banques et les institutions publiques, pourraient voir leurs notes abaissées dans la foulée, et les investisseurs pourraient éviter encore davantage la zone euro.

Un abaissement des notes à long terme de 15 pays de la zone euro, dont les six mieux notés (Allemagne, France, Pays-Bas, Autriche, Finlande et Luxembourg), mettrait aussi en péril la capacité de prêt du FESF, le mécanisme d'urgence de la zone euro, qui maintient l'Irlande et le Portugal à flot, soulignaient mardi matin les économistes.

Dans l'après-midi, S&P a annoncé avoir également placé sous surveillance négative la note du FESF, qui risque de perdre son triple A, et de voir sa note baisser d'un ou deux crans.

Autant de sombres perspectives qui mettent plus que jamais la pression sur la Banque centrale européenne (BCE), toujours considérée comme la dernière planche de salut.

Dans un projet de rapport qui sera soumis aux dirigeants de l'UE, le président de l'Union européenne Herman Van Rompuy propose de transformer le FESF en institut bancaire, ce qui lui permettrait d'emprunter à la BCE.

Selon le texte obtenu par l'AFP mardi soir, M. Van Rompuy veut aussi ouvrir la voie à la création "dans une perspective à long terme" d'euro-obligations en échange d'un net renforcement de la discipline budgétaire et de strictes conditions.

Le président de la BCE Mario Draghi, qui sera l'objet de toutes les attentions jeudi au cours de sa conférence de presse mensuelle, a rencontré M. Geithner à Francfort dans la matinée, mais aucune information n'a été divulguée sur le contenu de leurs discussions.

La mini-tournée européenne de ce dernier le mènera ensuite à Paris et à Marseille mercredi, puis à Rome jeudi.

"Je suis ici pour souligner à quel point il est important pour l'économie américaine et l'économie mondiale que l'Allemagne et la France réussissent à construire une Europe plus forte", a déclaré M. Geithner.

De son côté, le parlement grec a adopté mercredi un budget d'austérité drastique pour 2012, tablant sur une forte baisse du déficit public et une 5e année consécutive de récession, qui marque la détermination d'Athènes à rester dans l'euro et à respecter les promesses faites à ses créanciers.