Karadzic, le bourreau de Srebrenica

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L'analyste politique bosniaque Emir Habul considère que la mort de Milosevic est un "coup majeur pour le TPI". "Cela diminue l'importance du tribunal car il a perdu son élément clé. Les dégâts pourraient être réduits si Karadzic et Mladic étaient arrêtés, mais une telle issue est très improbable", a-t-il poursuivi.
L'analyste politique bosniaque Emir Habul considère que la mort de Milosevic est un "coup majeur pour le TPI". "Cela diminue l'importance du tribunal car il a perdu son élément clé. Les dégâts pourraient être réduits si Karadzic et Mladic étaient arrêtés, mais une telle issue est très improbable", a-t-il poursuivi. — AFP

« Si La Haye était un vrai corps juridique, je serais prêt à y aller… Mais il s’agit d’un organe politique qui a été créé pour blâmer les Serbes ». C’est ainsi que Radovan Karadzic, l’homme le plus recherché par le Tribunal Pénal International pour l’Ex-Yougoslavie (TPIY), explique sa fuite. Recherché notamment pour le massacre de 7500 civils musulmans en juillet 1995 à Srebrenica ainsi que pour l’utilisation comme bouclier humain de 284 soldats de l’Onu à Sarajevo la même année, l’ancien président des Serbes de Bosnie reste jusqu’à aujourd’hui introuvable.

Né en 1945 au Monténégro, Radovan Karadzic a vécu une enfance éloigné de son père, militant nationaliste serbe, emprisonné pour avoir combattu durant la Seconde guerre mondiale les troupes communistes de Tito (ainsi que les nazis). Il part vivre à Sarajevo en 1960 où il rencontre sa future femme, Ljiljana, et devient psychologue dans un hôpital de la ville. Influencé par l’écrivain nationaliste serbe Dobrica Cosic, il publie en 1968 un recueil de poésie. Son mentor le pousse à s’engager en politique : en 1990, après avoir été le psychologue de l’équipe de foot de l’Etoile rouge de Belgrade, Radovan Karadzic fonde le Parti Démocratique Serbe (SDS) qui défend l’idée d’une Grande Serbie, s’opposant aux revendications nationales des Croates et Musulmans de Bosnie.

Moins de deux ans plus tard, alors que la Bosnie-Herzégovine devient un Etat indépendant, il proclame la création d’une République indépendante des Serbes de Bosnie (renommé Republika Srpska) avec Sarajevo comme capitale et lui-même comme chef de l’Etat. Commence alors la guerre de Bosnie qui dure trois ans et durant laquelle Radovan Karadzic aurait perpétré les crimes de guerre pour lesquels il est aujourd’hui recherché. Après les accords de Dayton qui mettent fin au conflit en 1995, la communauté internationale demande sa tête et menace de prendre des sanctions contre la République serbe de Bosnie. Une pression qui fait chuter Karadzic en 1996. Protégé sans doute par des paramilitaires, il se cache alors dans la région montagneuse du sud-est de la Bosnie. La pression internationale pour sa capture augmente d’un cran au printemps 1995 lorsque plusieurs de ses anciens généraux se rendent et qu’une vidéo, qui dévoile le massacre de prisonniers de Srebrenica par des militaires serbes de Bosnie, choque les téléspectateurs à travers le monde.

En octobre 2004, il parvient à publier un livre par l’entremise d’un de ses proches. « Chroniques miraculeuses de la nuit » raconte l’histoire d’un homme emprisonné par erreur après la mort de Tito dans la Yougoslavie des années 1980.

En mai 2005, les enquêteurs réussissent à identifier deux endroits dans lesquels Karadzic s’est rendu : un premier, dans le sud-est de la Bosnie, où il a rencontré sa femme Ljiljana et un deuxième à Belgrade où il a retrouvé son frère Luka à l’occasion de la mort de leur mère. Mais ces localisations restent vaines et Karadzic reste encore un obstacle majeur sur le chemin de l’intégration de la Serbie à l’Union européenne.