Russie: Voter communiste, un vote de contestation plutôt que d'adhésion

Reuters

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En Russie, les communistes semblaient condamnés aux poubelles de l'histoire mais dimanche, les étudiants et intellectuels ne voulant plus de Vladimir Poutine se sont résolus à voter communiste, vingt ans après la chute de l'Union soviétique.

Les 19% obtenus par le Parti communiste, le double des précédentes élections, n'augurent pas d'une prise du pouvoir dans les années à venir. Les souvenirs de la répression, des "goulags" et de l'effondrement économique sont trop frais.

Mais les communistes incarnent aujourd'hui l'opposition la plus crédible à Russie unie, le parti au pouvoir dont l'emprise sur la Douma a fortement diminué à l'occasion de ce scrutin. (voir )

Et c'est en se pinçant le nez que certains ont voté pour un parti qui, en Russie, est associé aux vétérans bardés de décoration et aux retraités sans pension, laissés de côté dans la "Nouvelle Russie" des privilèges et du tape-à-l'oeil.

Parti associé aux vétérans

"Je me souviens, avec tristesse, que j'avais juré à mon grand-père que je ne voterais jamais pour les communistes", dit Ioulia Serpikova, 27 ans, qui travaille dans l'industrie cinématographique. "C'est triste que, dans l'urne, j'ai dû cocher leur case malgré tout."

Dans le marasme des années 1990, le parti de la faucille et du marteau a conservé une forte présence sur tout le territoire, dans les entreprises notamment. L'accès aux médias publics étant limité pour l'opposition, cela a constitué un avantage considérable sur la concurrence.

"Les communistes sont le seul vrai parti qu'il y ait ici", dit un banquier occidental basé à Moscou. "Russie unie c'est une blague, Russie juste c'est une blague et le LPDR (nationalistes) c'est une blague, et beaucoup le savent."

"Donc, les gens votent communiste car ils réalisent que c'est le vrai vote d'opposition et contre Russie unie. On ne pourrait faire plus ironique."

"Vote d'opposition contre Russie unie"

 Hormis Russie unie et les communistes, tous les partis manquent d'une réelle structure nationale. Russie juste et le LPDR pâtissent d'avoir collaboré avec le pouvoir en place.

"Russie unie énerve tout le monde, donc les gens cherchent une alternative", dit Alexander Kourov, étudiant en physique de 19 ans. "Je n'aime pas particulièrement les communistes mais il n'y a personne d'autre et je ne veux pas que ma voix soit volée."

Au siège du Parti communiste trônent encore des portraits de Lenine et des bannières en velours rouge ornées de la faucille et du marteau.

Malgré ses bons résultats, le chef du parti, Guennadi Ziouganov, a décrit l'élection comme "un vol à très grande échelle". La police a selon lui interdit aux observateurs communistes de pénétrer dans plusieurs bureaux de vote, parfois violemment. Certaines urnes étaient remplies avant le début du vote, a-t-il dénoncé.

Vote de contestation

De façon assez cocasse, les communistes bénéficient de la comparaison qui est faite, dans la blogosphère russe, entre le parti de Poutine et le Parti communiste de l'ère soviétique.

Un montage populaire sur internet montre le visage de Poutine, vieilli de quelques années, en surimpression du vieux Leonid Brejnev. Une façon de moquer le projet de retour au Kremlin de l'actuel Premier ministre, qui pourrait ainsi diriger la Russie jusqu'en 2024.

Même si certaines jeunes électeurs affirment que le Parti communiste n'a plus rien à voir avec celui d'il y a vingt ans, les analystes considèrent le vote en sa faveur comme un vote de contestation.

Voter pour le Parti communiste, "c'est comme écrire un mot de cinq lettres sur le bulletin", dit Masha Lipman, du centre de réflexion Carnegie Moscow Center. "Le gouvernement a fait de cette élection une farce et, en retour, les gens font un simulacre de choix électoral."