Afghanistan: Une conférence à Bonn pour réaffirmer l'engagement des grandes puissances

DIPLOMATIE L'objectif de la conférence est de préparer le départ programmé d'une grande partie des forces étrangères en 2014...

Reuters

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Des soldats américains patrouillent dans le sud de l'Afghanistan, le 22 juin 2011.
Des soldats américains patrouillent dans le sud de l'Afghanistan, le 22 juin 2011. — B.RATNER/REUTERS

La conférence sur l'Afghanistan qui s'ouvre ce lundi à Bonn permettra aux puissances occidentales de renouveler leur engagement en faveur de Kaboul malgré le retrait programmé de leurs contingents, mais la crise de la zone euro et les tensions avec le Pakistan et l'Iran pourraient entamer leur détermination.

Avant le départ du gros des forces étrangères prévu en 2014, leur objectif est de doter l'administration locale des moyens nécessaires pour tenir à distance le souvenir de la guerre civile qui a éclaté en 1992. «Nous ne devons pas répéter les erreurs du passé», a souligné dimanche le chef de la diplomatie allemande, Guido Westerwelle, s'adressant aux délégations rassemblées dans l'ancienne captale fédérale.

La bavure de l'Otan en toile de fond

«Ce ne sera pas la fin de la présence internationale en Afghanistan. Nous n'oublierons pas l'Afghanistan après 2014. Notre engagement se poursuivra», a-t-il assuré. Dix ans après la première conférence de Bonn, consacrée à la reconstruction, les motifs d'inquiétude sont toujours aussi nombreux. Le premier d'entre eux reste évidemment la sécurité et les capacités des force locales à prendre le relais, une fois les forces étrangères parties.

La partage des engagements financiers nécessaires à la formation de ces forces sera l'un des thèmes majeurs du rendez-vous de Bonn, tout comme le sort des négociations apparemment avortées avec les taliban. La crise américano-pakistanaises et la poursuite de la confrontation avec l'Iran risquent toutefois de leur voler la vedette. Islamabad, qui joue sans doute le rôle le plus décisif en ce qui concerne le sort de l'Afghanistan, a décidé de boycotter l'événement après la mort accidentelle de 24 de ses soldats dans un raid aérien de l'Otan, le 26 novembre.

Cette «bavure» a réduit à néant les efforts déployés par Washington pour dissiper les tensions qui ont suivi la mort d'Oussama ben Laden, tué le 2 mai par les forces spéciales américaines au cours d'une opération menée à l'insu d'Islamabad. Dans les chancelleries occidentales, on compte toutefois beaucoup sur le gouvernement pakistanais, lui-même aux prises avec une guérilla islamiste, pour convaincre les taliban afghans de s'engager sur la voie des négociations.

Un fonds de la Banque mondiale alimenté?

«La sécurité de l'Afghanistan est intrinsèquement liée au Pakistan. Une aggravation des problèmes du Pakistan aurait des conséquences négatives en Afghanistan. La dégradation continue des relations entre les Etats-Unis et le Pakistan rend la situation encore plus précaire», observe Sajjan Gohel, membre de l'Asia Pacific Foundation, un cercle de réflexion londonien. Un membre de la délégation américaine interrogé à bord de l'avion à destination de Bonn s'est efforcé dimanche de minimiser l'absence de représentants pakistanais.

«J'espère évidemment que nos relations avec eux n'entrent pas dans une phase qui les verraient jouer l'obstruction. Nous ne prenons pas du tout cette hypothèse en considération», a-t-il déclaré sous le sceau de l'anonymat. Autre voisin influent de l'Afghanistan, l'Iran pourrait également jouer les premiers rôles à Bonn. Téhéran a annoncé dimanche qu'un drone américain avait été abattu dans l'est du pays. Ce nouvel incident est survenu en plein bras de fer diplomatique à la suite de la mise à sac de l'ambassade de Grande-Bretagne à Téhéran par des manifestants, mardi dernier.

Londres a fermé sa représentation en Iran et expulsé tous les diplomates iraniens en poste au Royaume-Uni. La France, l'Allemagne, l'Italie et les Pays-Bas ont également rappelé leurs ambassadeurs en poste à Téhéran en signe de solidarité avec Londres. Parmi les bonnes nouvelles attendues à Bonn, pourrait figurer la reprise des versements en faveur du fonds de la Banque mondiale pour l'Afghanistan. Plusieurs pays donateurs dont les Etats-Unis ont cessé d'y contribuer lorsque le Fonds monétaire international a gelé en juin son aide à Kaboul, mais son revirement le mois dernier devrait permettre sa relance.