Elections législatives en Russie: Le parti de Poutine obtient la majorité absolue

SCRUTIN Russie unie a remporté 238 sièges sur 450 à la Douma lors d'élections entachées par de nombreuses accusations de fraudes et d'entraves à la liberté de la presse...

Avec Reuters

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Le président russe Dimitri Medvedev et le Premier ministre Vladimir Poutine commentent les résultats des élections législatives lors d'une conférence de presse, dimanche 4 décembre 2011.
Le président russe Dimitri Medvedev et le Premier ministre Vladimir Poutine commentent les résultats des élections législatives lors d'une conférence de presse, dimanche 4 décembre 2011. — REUTERS/Yuri Kochetkov

Russie unie, le parti du Premier ministre Vladimir Poutine, a enregistré dimanche une nette baisse de popularité lors d'un scrutin législatif marqué par la lassitude de l'électorat à l'égard de Vladimir Poutine, qui briguera en mars un nouveau mandat présidentiel.

Le parti de Vladimir Poutine devrait obtenir 238 des 450 sièges à la Douma et ne conserve donc qu'une courte majorité absolue, a annoncé lundi le responsable de la Commission électorale Vladimir Chourov. Selon les prévisions basées sur des résultats presque définitifs, Russie unie atteindrait 49,5% des votes, avec une majorité de 13 sièges à la chambre basse du parlement russe. Lors de la précédente élection, Russie unie avait obtenu 315 sièges. Le mouvement, qui domine la vie politique russe depuis une décennie, a perdu près de 15 points en quatre ans. Il s'agit du plus mauvais résultat électoral de Poutine depuis son arrivée au pouvoir en 1999. 

Toujours selon des résultats provisoires, le Parti Communiste est le principal bénéficiaire de la baisse de Russie unie, obtenant 19,1% (92 sièges), suivi de Russie juste (13,2%, 64 sièges) et des nationalistes du LDPR (11,7%, 56 sièges). Le taux de participation atteint 60,2%, en baisse de 3% par rapport à 2007 et de 5% en comparaison avec 2003. «C'est un résultat optimal qui reflète la véritable situation dans le pays. En se fondant sur ce résultat, nous pouvons garantir un développement stable de notre pays», a malgré tout estimé Poutine.

Scrutin test avant un retour programmé au Kremlin

Ces élections étaient considérées comme un test de popularité pour l'homme fort de la Russie avant son retour programmé au Kremlin l'an prochain. Mais même si Poutine est le grand favori de la prochaine élection présidentielle en mars, les résultats de dimanche montrent que son aura est en déclin en Russie.

«Ces élections sont sans précédent parce qu'elles se sont déroulées sur fond d'effondrement de la confiance dans Poutine, Medvedev et le parti au pouvoir», a commenté Vladimir Rijkov, membre de l'opposition libérale. «Je pense que l'élection présidentielle de mars va virer à la crise politique de grande ampleur en raison de la déception, de la frustration et du désenchantement, avec un vote de protestation encore plus fort», a-t-il ajouté.

L'issue du scrutin présidentiel de mars prochain ne fait guère de doute et le futur chef de l'Etat a fait savoir en septembre qu'il céderait alors la tête du gouvernement au président sortant Dmitri Medvedev. En ce qui concerne la campagne pour les législatives, l'opposition a dénoncé le traitement de faveur réservé à Russie unie à la télévision et a mis en garde contre de possibles irrégularités. Certains de ses représentants nomment Russie unie le parti «des escrocs et des voleurs».

Cyberattaques

La radio indépendante Echo de Moscou a indiqué que son site Internet avait été fermé par des pirates informatiques dimanche matin. «Il est évident que cette attaque le jour de l'élection de notre site fait partie d'une tentative d'éviter la publication d'informations sur les irrégularités (lors du vote)», a déclaré le rédacteur en chef de la radio Alexeï Venediktov sur Twitter. Les sites Internet du site d'information Slon.ru et de l'ONG russe Golos, qui traque la fraude électorale, ont également été piratés. La directrice de Golos, Lilia Chibanova, a également été retenue pendant douze heures par la douane samedi à l'aéroport Cheremetievo de Moscou.

La veille, un tribunal moscovite avait condamné cette ONG à une amende de 30.000 roubles (970 dollars) pour avoir violé la loi sur l'interdiction de publier des sondages pendant les cinq jours précédant les élections à la Douma d'Etat, la chambre basse du Parlement. Golos assure ne pas l'avoir enfreint. Les Etats-Unis ont exprimé leur inquiétude face à ce qui leur semble être des manoeuvres de «harcèlement» visant à empêcher Golos de surveiller le déroulement du scrutin.

Fraude massive

Le chef de file du Parti communiste, Guennadi Ziouganov, a fait état de fraude massive dans plusieurs régions. «Je viens de parler à mes collègues en Sibérie et en Extrême-Orient, et la situation est très préoccupante», juge-t-il. Le président Dmitri Medvedev a rejeté les accusations de fraude électorale. Le parquet et la commission électorale n'étaient pas joignables pour réagir à ces accusations.

Pendant la campagne, Vladimir Poutine a accusé des puissances étrangères de chercher à s'ingérer dans les préparatifs des scrutins législatif et présidentiel en finançant des ONG comme Golos. Si le Premier ministre reste inégalable en terme de popularité, sa cote a toutefois baissé. Fait rare, il a été hué lors de son apparition à un rassemblement d'arts martiaux à Moscou, le mois dernier.

Sept formations étaient en lice mais le principal bénéficiaire du recul de Russie unie semble être le Parti communiste, qui reste la principale force d'opposition, vingt ans après l'effondrement de l'empire soviétique. Iabloko, principal groupe de l'opposition libérale, a été empêché de se présenter à ces législatives. L'un de ses fondateurs, l'ancien premier vice-Premier ministre Boris Nemtsov, a tracé une croix sur son bulletin de vote où il a écrit: «Rends-nous notre élection, vermine».