Yémen: 21 morts à Taëz en deux jours, l'accord de transition menacé

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Cinq personnes, dont trois civils, ont été tuées samedi dans des bombardements des forces gouvernementales yéménites sur Taëz, deuxième ville du pays, et des affrontements, selon des sources médicales et des témoins.
Cinq personnes, dont trois civils, ont été tuées samedi dans des bombardements des forces gouvernementales yéménites sur Taëz, deuxième ville du pays, et des affrontements, selon des sources médicales et des témoins. — afp.com

Les violences au Yémen, avec la persistance des affrontements armés, menace l'application de l'accord sur une transition pacifique à la tête de l'Etat malgré quelques avancées politiques. En deux jours, 21 personnes, dont une fillette, ont péri dans le bombardement d'unités de l'armée fidèles au président Ali Saleh de quartiers de Taëz, deuxième ville du pays, tenus par des opposants. Dans la capitale Sanaa, les différents quartiers sont contrôlés par des forces rivales, dont des unités des forces de l'ordre commandées directement par des membres de la famille du président Saleh, contesté dans la rue depuis dix mois. «Sans trêve, l'accord n'a aucun sens», reconnaît, dans une déclaration vendredi à l'AFP, le vice-ministre de l'Information Abdou Janadi, un fidèle de Ali Saleh. Et le Premier ministre désigné, Mohamed Basindawa, un ténor de l'opposition, a menacé de renoncer à former un gouvernement composé d'opposants et de fidèles du régime si les bombardements de Taëz ne cessaient pas.

«Le pouvoir retarde la mise en place de cette commission»

Depuis la signature le 23 novembre par Ali Saleh, après des mois d'atermoiements, d'un accord élaboré par les monarchies du Golfe, sur son départ dans trois mois, une présidentielle anticipée a été fixée au 21 février et Mohamed Basindawa a été chargé de former un cabinet de transition. Malgré ces avancées politiques, la formation d'une commission militaire chargée de restructurer l'armée et les services de sécurité et de collecter les armes, se fait attendre. «Le pouvoir retarde la mise en place de cette commission voulant peut-être se venger comme à Taëz ou se dérober à l'accord» politique, a accusé le porte-parole de l'opposition, Mohamed Qahtane.

Dans cette ville du sud-ouest, les unités fidèles à Ali Saleh tentent de reprendre les quartiers aux mains des hommes armés des tribus qui protègent les manifestants, dont beaucoup ne veulent pas de l'accord politique et rejettent l'immunité donnée à Ali Saleh et à ses proches. «La formation de la commission militaire est primordiale à ce stade», a plaidé Mohamed Qahtane, refusant toute tentative du camp présidentiel d'agir militairement en dehors de cette structure. Abdou Janadi a accusé pour sa part l'opposition de «privilégier à Taëz l'action militaire à l'action politique. Le camp du président n'empêche pas la formation de la commission car Ali Saleh veut la réussite du plan du Golfe».

Solidarité avec les habitants de Taëz

La commission est prévue par le mécanisme d'application du plan du Golfe, rejeté par les jeunes protestataires qui continuent de manifester par dizaines de milliers. La marche des anti-régime a été dominée vendredi à Sanaa par des slogans de solidarité avec les habitants de Taëz. Abdou Janadi a affirmé que les manifestants étaient encouragés en sous-main par l'opposition et averti que leur insistance à vouloir «faire tomber les têtes du régime ne pourrait conduire qu'à la guerre civile».

L'un des représentants des jeunes manifestants rejette en bloc ces accusations en affirmant que les protestataires «ne se retrouvent pas dans les arrangements entre le pouvoir et l'opposition», en référence au gouvernement d'entente nationale. «Nous ne sommes pas entrés en révolte pour permettre au pouvoir et à l'opposition de se partager les postes ministériels et nous continuerons à protester jusqu'à faire chuter les têtes du régime corrompu», dit Walid Ammari. Mais ce militant laisse clairement entendre que le mouvement des jeunes pourrait cesser si Ali Saleh quitte effectivement le pouvoir et que ses proches sont écartés des services de sécurité, conditions, selon lui, à «la naissance d'un Etat civil et moderne».