Laurent Gbagbo transféré au centre de détention de La Haye, aux Pays-Bas

JUSTICE L'ancien président ivoirien a été inculpé par la Cour pénal internationale mardi...

Avec Reuters

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Laurent Gbagbo arrive à Rotterdam en avion, le 30 novembre 2011.
Laurent Gbagbo arrive à Rotterdam en avion, le 30 novembre 2011. — REUTERS/Robin van Lonkhuijsen

L'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo a été transféré mercredi devant la Cour pénale internationale (CPI) près de huit mois après sa capture par les forces de son rival Alassane Ouattara au terme d'un bref mais sanglant conflit armé. De sa résidence de Korhogo, au nord de la Côte d'Ivoire, l'ancien président a été conduit mardi par hélicoptère vers une destination secrète, puis transféré dans un avion qui s'est envolé pour les Pays-Bas, a-t-on précisé de sources militaires.

L'avion est arrivé en milieu de nuit à Rotterdam. Laurent Gbagbo a ensuite été conduit jusqu'au centre de détention de La Haye, a constaté un journaliste de Reuters. Laurent Gbagbo, 66 ans, est soupçonné de quatre chefs de crimes contre l'humanité. La Cour a déclaré qu'il devra rendre compte d'attaques contre des civils et qu'il comparaîtra rapidement devant le Tribunal de la Haye.

La CPI enquête depuis octobre sur les violences qui ont suivi la victoire d'Alassane Ouattara à l'élection présidentielle de novembre 2010, résultat entériné par la communauté internationale mais que Gbagbo a refusé de reconnaître. Selon le procureur de la CPI Luis Moreno-Ocampo, le conflit de l'hiver et du printemps dernier a fait au moins 3.000 morts auxsquels s'ajoutent 520 arrestations arbitraires.

Des exactions commises aussi dans la camp de Ouattara, selon Human Rights Watch

La guerre a pris fin avec l'arrestation de Laurent Gbabgo le 11 avril et son placement en résidence surveillée à Korhogo. Luis Moreno-Ocampo a indiqué à la mi-octobre que son enquête se concentrait sur deux à six personnes considérées comme les principales responsables, sans citer aucun nom. D'après un conseiller du président déchu, Toussaint Alain, le mandat d'arrêt international visant Gbagbo a été délivré le 23 novembre dernier.

L'extradition de Laurent Gbagbo intervient à moins de deux semaines des élections législatives du 11 décembre. Selon Toussaint Alain, ce transfert n'est qu'une manoeuvre désignée à liquider politiquement Laurent Gbagbo. «A un peu plus d'une semaine des élections législatives en Côte d'Ivoire, (ce transfert) risque d'attiser encore les tensions existantes dans le pays et les exactions dont sont régulièrement victimes les partisans du Front populaire ivoirien (FPI)» de l'ex-président, a déploré Lucie Bourthoumieux, l'un des avocats de l'ancien chef de l'Etat, dans un communiqué diffusé à Paris. Les miliciens qui soutenaient Laurent Gbagbo ont pour la plupart pris la fuite, déposé les armes ou choisi de se cacher, mais la colère de la population, en particulier dans l'ouest du pays traditionnellement favorable à l'ancien président, peut éclater à tout moment.

Le mandat d'arrêt de la CPI «rappelle aux dirigeants ivoiriens que personne ne doit être au-dessus des lois», s'est félicité Human Rights Watch, qui rappelle que des exactions ont également été commises par le camp d'Alassane Ouattara. «Les efforts déployés pour traduire en justice ceux qui ont combattu dans les forces fidèles à Ouattara sont également essentiels», ajoute Elise Keppler, conseillère juridique du mouvement de défense des droits de l'homme, dans un communiqué.