Au Caire, le «Street art» fleurit sur la place Tahrir

MANIFESTATIONS Graffitis, dessins, pochoirs, les formes artistiques éclosent sur les murs pour appuyer la révolte des manifestants égyptiens...

De notre envoyé spécial au Caire, David Hury

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Ces dessins représentent des cris de liberté pour les révoltés égyptiens de la place Tahrir, épicentre de la contestation au Caire.
Ces dessins représentent des cris de liberté pour les révoltés égyptiens de la place Tahrir, épicentre de la contestation au Caire. — D. HURY/20minutes

De notre envoyé spécial au Caire

La place Tahrir au Caire: ses tentes, ses manifestants par dizaines de milliers, ses vendeurs de popcorn, ses gaz lacrymogènes et... ses graffitis. Depuis janvier dernier, les murs de la place de la capitale égyptienne et des rues avoisinantes ont vu fleurir des dizaines de peintures murales, se renouvelant au gré de l’actualité du pays.

Depuis mardi dernier et les heurts entre manifestants et policiers ayant fait officiellement une quarantaine de morts, c’est le maréchal Tantaoui, le chef du conseil militaire chargé du pays, qui est dans le collimateur des artistes de rue égyptiens. Son portrait au pochoir, en rouge ou en noir, s’impose à chaque coin de rue, barré d’un signe d’interdiction.

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Les policiers, accusés d’être les vestiges de l’ancien régime de Hosni Moubarak, sont marqués d’un «Wanted» à la sauce far west arabe. Partout, les murs gris et sales se colorent, comme avec cette Blanche-Neige portant une kalachnikov.

Artistes en herbe épris de liberté

«Pour moi, c’est un moyen pacifique d’exprimer ma rage», explique Samer, un grapheur du quartier de Zamalek. A la bombe et au pinceau, Samer a laissé, la veille, une nouvelle trace de son passage avec un poème stylisé où il demande pourquoi tant d’Egyptiens ont dû perdre la vie ou un œil dans des affrontements avec leurs compatriotes.

Comme Samer, de nombreux jeunes artistes du Caire profitent d’une liberté d’expression sans précédent, héritée de la révolution entamée au début de l’année. Une vingtaine d’entre eux – professionnels et amateurs – se sont regroupés pour former l’association Revolution Artists Union, qui a installé au printemps un atelier à ciel ouvert, baptisé la «Galerie KFC», sur le trottoir de la place Tahrir.

Sur le rideau de fer baissé du snack américain, ces jeunes illustrateurs affichent leurs créations quotidiennes, réalisées à la peinture ou au fusain. Tous célèbrent la liberté, la révolution égyptienne, la soif de démocratie en utilisant leurs crayons mais aussi le réseau social Facebook.

«Nous sommes là tous les jours, dessinateurs, musiciens et autres, se félicite Hani, un jeune adepte de collages. Nous avons fait plusieurs expositions de notre travail dans des galeries et même dans le métro, des conférences... Nous communiquons par tous les moyens possibles. Et c’est très important de donner une identité visuelle à notre révolution.»