L'Egypte file vers ses «premières élections libres depuis 5000 ans»

MONDE Ce samedi, à seulement deux jours des élections, la mobilisation se poursuivait place Tahrir au Caire. Reportage...

David Hury, au Caire

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Des femmes se mobilisent sur la place Tahrir, au Caire, le 26 novembre 2011, pour que les militaires renoncent immédiatement au pouvoir en Egypte.
Des femmes se mobilisent sur la place Tahrir, au Caire, le 26 novembre 2011, pour que les militaires renoncent immédiatement au pouvoir en Egypte. — Tara Todras-Whitehill/AP/SIPA

De notre envoyé spécial en Egypte

«L’Egypte a besoin d’un homme jeune, indépendant, pas d’un has been de 78 ans qui prend ses ordres des militaires!», s’emporte Fadia, une manifestante de la première heure de la place Tahrir au Caire. Le «has been» en question n’est autre que le nouveau Premier ministre désigné par les militaires, Kamal Ganzouri, déjà à ce poste de 1996 à 1999 sous Hosni Moubarak. Dès sa nomination vendredi, Ganzouri a prévenu qu’il ne formerait pas de gouvernement civil avant les élections qui doivent débuter lundi matin au Caire et à Alexandrie. Ces élections libres – «les premières depuis 5000 ans» pour reprendre une boutade en vigueur au Caire – doivent sortir l’Egypte de la crise politique qui a culminé mardi dernier, avec des affrontements sanglants entre manifestants et policiers (41 morts). Vendredi et samedi, la population a repris possession de la place Tahrir où est née sa révolution en janvier dernier. Entre grand rassemblement politique et kermesse populaire, les Egyptiens ont hurlé leur désir de voir le SCAF (Conseil suprême des forces armées) remettre les clés du pouvoir aux civils.

Ce samedi, loin de l’effervescence de la rue, le SCAF dirigé par le très contesté maréchal Tantaoui a mené des tractations avec les deux principaux candidats à la présidence, Amr Moussa, ancien secrétaire général de la Ligue arabe, et Mohamed el-Baradei, ancien directeur de l’Agence internationale atomique. Ce dernier – qui tente quotidiennement de séduire les manifestants – a affirmé vouloir «obtenir la mise en œuvre de toutes les revendications de la révolution».

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«Les militaires doivent quitter le pouvoir pour le bien du pays» 

Mais dans la rue, les manifestants se méfient du rôle joué par les grandes figures politiques, ainsi que celui des 42 partis du très complexe échiquier local. «Tous n’ont qu’une envie, c’est de récupérer le mouvement à leur profit, s’énerve Mahmoud, militant laïc de 55 ans. Nous les connaissons tous, nos politiciens, ils sont tous pareils. Ils viennent d’un autre temps. Et ils ont tous peur d’une victoire des islamistes aux élections. » Les islamistes – Frères musulmans en tête – ont fait profil bas ces dernières 72 heures. Ils n’ont pas appelé à participer aux manifestations, ne souhaitant pas faire de vague de peur de voir le scrutin reporté. Un scrutin dont ils sont donnés grands vainqueurs. «Le problème est simple, poursuit Mahmoud : les militaires veulent procéder aux élections en l’état, et nous, nous voulons que ces élections soient organisées par un pouvoir civil. C’est insoluble. Nous aimons notre armée, mais les militaires doivent quitter le pouvoir pour le bien du pays.»

La situation au Caire reste précaire, à un peu plus de 24 heures de la première des deux journées électorales. Tôt ce samedi matin, un manifestant de 21 ans, Ahmad Sayed, est mort, percuté par un véhicule de police. «Un accident», selon les autorités. Mais sur la place Tahrir, tout le monde ne croit pas forcément à cette version. «Ce genre d’incident pourrait très bien mettre le feu aux poudres, prévient Fadia. Dimanche s’annonce décisif.» Un dimanche qui verra donc à nouveau les manifestants descendre en masse place Tahrir. Avec un seul mot à la bouche à l’attention des militaires au pouvoir: «Dégagez !»