Egypte: Le peuple reprend la main place Tahrir

MONDE Les Cairotes se sont déplacés massivement pour ce «vendredi de la dernière chance»...

David Hury

— 

Les manifestants, place Tahrir, au Caire, le 25 novembre 2011.
Les manifestants, place Tahrir, au Caire, le 25 novembre 2011. — David Hury/20 Minutes

De notre envoyé spécial au Caire,

Vendredi matin, le Caire s’est encore réveillé dans un calme étonnant. Trois jours après les violents affrontements entre manifestants et policiers, la vie a repris son cours normalement. «Depuis mardi soir, toutes les parties veulent calmer le jeu, explique Samir, un vendeur de téléphone portable. Et puis il ne faut pas se fier aux nouvelles télévisées, mis à part quelques quartiers dans les grandes villes comme ici ou à Alexandrie, il ne se passe rien dans le pays.» Pourtant, les yeux du monde entier se sont encore tournés vers la place Tahrir, berceau de la révolution ayant entraîné la chute du président Hosni Moubarak. Une place Tahrir noire de monde ce vendredi et où les forces de police, symboles de l’ancien régime, ont brillé par leur absence.

>> Le diaporama de la journée sur la place Tahrir, c'est par ici

Ce vendredi – journée de prière – a donc été baptisé «vendredi de la dernière chance». Objectif pour les manifestants: pousser le SCAF (Conseil suprême des forces armées, en charge du pays depuis le printemps) à quitter le pouvoir et obtenir le maintient des élections législatives prévues lundi. Grands favoris de ce scrutin, les islamistes (Frères musulmans et salafistes réunis, crédités de plus de 40% des intentions de vote) ne veulent en aucun cas d’un report de ces élections, report demandé par plusieurs figures politiques et laïques comme Mohammad el-Baradei, ex-patron de l’AIEA et candidat à la présidence.

Les prochaines 48 heures décisives

L’impressionnante mobilisation populaire de ce «Vendredi de la dernière chance» ressemble fort à une victoire aux points pour les manifestants: le SCAF – dont les principaux piliers ont été raillés par la foule aujourd’hui – a désigné ce matin un nouveau et probablement éphémère Premier ministre, Kamal al-Ganzouri. Une dernière décision qui n’aura que peu d’influence sur les prochains jours.

«Les militaires ont perdu beaucoup de crédit parce qu’ils n’ont rien fait pour le pays pendant les 8 derniers mois, regrette Samia, une manifestante attachée à la laïcité du régime et portant fièrement un portrait de Nasser, le père du nationalisme arabe. Il faut les comprendre, tous ces jeunes, ils expriment leur colère et leur déception. Mais je refuse l’idée que les islamistes imposent leur vision au pays. L’Egypte, ce n’est pas ça, ce n’est pas eux!» Si laïcs et islamistes se sont retrouvés derrière un même slogan scandé par la foule («La partie est finie pour vous, lâchez le pouvoir!»), les prochaines 48 heures prennent la forme d’un énorme point d’interrogation. «A partir d’aujourd’hui, nous n’accepterons aucun retour en arrière, prévient Mohammad, un manifestant de 17 ans. Mais il va falloir faire attention car l’Egypte est vulnérable en ce moment, et trop de forces extérieures ont intérêt à ce que les élections de lundi n’aient pas lieu. Les Américains n’ont aucune envie de voir les islamistes prendre le pouvoir maintenant. Il peut se passer encore beaucoup de chose d’ici dimanche soir.»