Le maréchal Tantaoui, nouvel ennemi de la place Tahrir

ÉGYPTE es manifestants de la place Tahrir réclament le départ du chef du gouvernement militaire...

Avec Reuters

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Des manifestants passent devant un portrait barré du maréchal Mohamed Hussein  Tantaoui, le 30 septembre 2011, au Caire.
Des manifestants passent devant un portrait barré du maréchal Mohamed Hussein Tantaoui, le 30 septembre 2011, au Caire. — REUTERS/Amr Dalsh

Sur la place Tahrir du Caire, une affiche résume le sentiment des manifestants: deux moitiés de visage, celles d'Hosni Moubarak et du maréchal Tantaoui, dessinent un vieil homme honni de la jeunesse. «Tantaoui=Moubarak», peut-on lire sur de nombreux murs du Caire. Mohamed Hussein Tantaoui, qui dirige le Conseil suprême des forces armées (CSFA), le gouvernement militaire de l'Egypte, est accusé d'avoir trahi la confiance d'un pays et d'agir comme celui qu'il a servi pendant 20 ans.

Depuis samedi, les artisans de la révolution ayant renversé Moubarak le 11 février réclament le départ de l'ancien ministre de la Défense du «raïs». La plupart des manifestants n'ont pas la moitié de l'âge du maréchal qui, à 76 ans, est de la même génération qu'Hosni Moubarak. Tous deux sont bardés de décorations, acteurs majeurs de la crise de Suez en 1976 et des guerres de 1967 et 1973 contre Israël. L'armée a tiré de ces conflits, érigés en symboles de la lutte contre le colonialisme, une gloire certaine. Mais une grande partie des 80 millions d'Egyptiens sont désormais trop jeunes pour s'en souvenir.

«Charmeur et courtois», mais «âgé et rétif au changement»

Tantaoui n'est pas un grand orateur, comme son adresse aux Egyptiens mardi soir à la télévision l'a encore prouvé. «Dégage, dégage!» lui ont répondu les manifestants de la place Tahrir, répétant le schéma observé neuf mois plus tôt. «C'est comme s'il avait plagié le discours de Moubarak», constatait Sara Hussein, 24 ans. Tantaoui s'exprimait peu en public lorsque le «raïs» était au pouvoir mais apparaissait souvent à ses côtés lors des parades militaires. Le prestige que l'armée a tiré de son comportement durant la révolution lui a valu de longs mois d'indulgence mais le maréchal était trop proche de l'ancien président pour avoir jamais été populaire auprès des manifestants.

Comme le soulignait il y a trois ans l'ambassadeur américain au Caire, dans un télégramme diplomatique divulgué par WikiLeaks, Tantaoui est «charmeur et courtois» mais «âgé et rétif au changement». «Lui et Moubarak se concentrent sur la stabilité du régime et le maintien du statu-quo jusqu'à ce qu'ils soient finis», observait l'ambassadeur Francis Ricciardone en 2008. «Ils n'ont tout simplement pas l'énergie, l'envie ou la vision pour faire autrement.»

Faute capitale durant le procès de Moubarak

Depuis son arrivée au pouvoir, le maréchal a tenté de se donner l'image d'un homme proche de la population, déambulant près de la place Tahrir en costume civil pour la télévision. Ses opposants ont dénoncé des opérations de communication, soulignant le clinquant d'un costume visiblement jamais porté. «Ils voulaient que je mette un costume déchiré?», a rétorqué Tantaoui. Les photos du maréchal inaugurant de nouvelles routes ou d'autres grands projets rappelaient trop Hosni Moubarak aux yeux des artisans de la révolution.

Mais le péché capital de Mohamed Hussein Tantaoui fut son témoignage lors du procès de Moubarak, durant lequel il a affirmé que le président déchu n'avait pas donné l'ordre de tirer sur les manifestants. «L'opinion égyptienne était certaine que Moubarak avait donné l'ordre de tirer sur les manifestants», explique l'analyste militaire Safouat Zayaat. «Le témoignage contraire de Tantaoui lui a définitivement fait perdre la confiance du peuple.»

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