Egypte: Le bras de fer continue entre les manifestants et le pouvoir militaire

REPORTAGE Plus de 100.000 Égyptiens se sont rassemblés mardi soir au Caire. Malgré l'annonce de la formation d'un nouveau gouvernement, ils sont décidés à rester sur la place jusqu'à ce que les militaires quittent le pouvoir...

Anne Devers, au Caire

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Un manifestant dans la fumée d'une bombe lacrymogène, dans une rue adjacente à la place Tahrir, au Caire, le 22 novembre 2011.
Un manifestant dans la fumée d'une bombe lacrymogène, dans une rue adjacente à la place Tahrir, au Caire, le 22 novembre 2011. — REUTERS/Amr Abdallah Dalsh

Dernière info (2h15): Les affrontements ont continué pendant la nuit. Sur Twitter, Mohammed El Baradei a accusé les forces de sécurité d'employer des gaz innervants et de tirer à balles réelles.

«Irhal! Irhal! Irhal!» - «Dégage!». Le cri emblématique des révolutions arabes a résonné à nouveau avec force mardi soir sur la place Tahrir, au Caire. Rejouant le scénario de la révolution de janvier, une foule très dense a répondu par cet impératif au discours du maréchal Tantaoui, le chef du Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui dirige le pays depuis février. Le vieux militaire se retrouve donc à la place de Moubarak, dans le rôle du chef d’Etat qu’il faut déboulonner.

Et, une fois de plus, les Egyptiens ne semblent pas prêts à céder: ils veulent mettre un terme au régime militaire qui gouverne leur pays depuis presque 50 ans. Quel qu’en soit le prix, alors que les élections législatives doivent commencer le 28 novembre. Le discours du maréchal Tantaoui avait pourtant pour objectif d’apaiser la colère de la place Tahrir, occupée à nouveau par des dizaines de milliers de personnes.

Une radicalisation du mouvement

Mais le «peuple de Tahrir» est loin d’être satisfait par les annonces de Tantaoui. «La plupart des gens exigent maintenant que l’armée transfère immédiatement le pouvoir aux civils, pas l’année prochaine», témoigne Hisham, un ingénieur de 24 ans présent sur la place ce mardi soir. «Il y a eu trop de morts ces derniers jours, on ne peut pas accepter de rentrer chez nous simplement sur des promesses.»

La violence des affrontements qui durent depuis samedi a en effet poussé une partie des manifestants à se radicaliser. «Les jeunes qui se battent ici depuis quatre jours ont vu leurs amis mourir à côté d’eux. Ils n’arrêteront pas le combat tant que les policiers et les soldats qui ont tiré sur eux ne seront pas jugés», souligne Sherif, 30 ans.

L’absence de leader et de coordination entre les manifestants complique en outre toute tentative de trouver un accord. Surtout, les Egyptiens, qui vénéraient leur armée il y a seulement dix mois, ont désormais du mal à faire confiance aux généraux au pouvoir. Economie en berne, hausse de la criminalité, poursuite des violences policières: beaucoup d’Egyptiens trouvent que les choses n’ont fait que se dégrader depuis février. «Le discours de Tantaoui était fait des mêmes mensonges que ceux de Moubarak. Il s’accroche au pouvoir comme lui. Le peuple égyptien est trop sage pour s’y laisser prendre», assurait ce mardi soir l’activiste pro-démocratie Ragia Omran.