Trois bombes pour couler le tourisme égyptien

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Le Sinaï égyptien meurtri pour la troisième fois en dix-huit mois. Après les attentats de Taba en octobre 2004, qui avaient fait 34 morts, ceux de Charm-el-Cheikh en juillet dernier (70 tués), c'est Dahab, autre lieu touristique sur les bords de la mer Rouge qui a été visé lundi soir par des kamikazes. Bilan : dix-huit morts, dont un enfant allemand, et plus de 80 blessés.

Pour Barah Mikaïl*, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), les auteurs de l'attaque pourraient être les mêmes que ceux qui ont déjà visé les villégiatures touristiques du Sinaï. « C'est le même mode opératoire, et il y a là aussi la volonté de frapper un des nerfs de l'économie égyptienne : le tourisme occidental et israélien », qui rapporte 7 milliards de dollars par an au pays.

Dix Egyptiens, dont certains portant de faux papiers d'identité, ont été arrêtés, hier, dans le cadre de l'enquête, a annoncé une source de sécurité. Trois des suspects, originaires du Caire, sont des informaticiens arrivés à Dahab à la veille du triple attentat et qui l'ont quitté moins d'une heure plus tard. Ces arrestations donnent crédit à la piste, soutenue par le gouvernement égyptien, du terrorisme local. Mais sans revendications officielles, difficile de savoir qui a frappé la cité touristique.

« La thèse islamiste est la plus probante, mais cela ne veut pas dire que les grands groupes connus, la Jamaah Islamiyah, les Frères musulmans ou le Djihad islamique, sont responsables : ils n'ont pas intérêt à ce que le gouvernement sorte le bâton », estime le chercheur. En revanche, il peut s'agir d'un terrorisme local, ayant une affiliation idéologique avec Al-Qaida.

Clémence Lemaistre

* Auteur de La politique américaine au Moyen-Orient, Dalloz.