Corinne Théroux : « Il n'y a pas d'hommes dans leur monde »

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Interview de Corinne Théroux, championne d'escalade, partie enseigner son sport aux femmes en Iran

Vous venez de séjourner dix jours en Iran, où vous avez formé à l'escalade quinze grimpeuses. La menace d'une guerre avec les Etats-Unis les préoccupe-t-elle ?

Non. Les jeunes femmes que j'ai fréquentées sont étudiantes, motivées pour connaître le monde, et pourtant aucune ne m'a parlé des prises de position de leur président ou des menaces américaines, qu'elles ne soupçonnent même pas. Elles sont privées d'information.

Avez-vous été bien accueillie ?

Oui, très bien, malgré un premier contact austère avec la police de l'aéroport. Des femmes voilées m'ont questionnée une heure, simplement pour savoir pourquoi, dans l'avion, j'avais parlé avec un Iranien.

Les femmes sont surveillées ?

Oui. Elles manquent de liberté. Il n'y a pas d'hommes dans leur monde, à part leur mari. Une ou deux fois, des hommes ont fait des réparations dans notre gymnase. Les filles ont dû grimper en tchador. Moi-même, en dix jours, je ne suis sortie qu'une seule fois, pour aller au restaurant. Jérome Meyer, l'autre Français venu entraîner les garçons, a lui pu skier et faire la fête.

Avez-vous connu des moments de partage avec les grimpeuses ?

Bien sûr. Elles m'ont magnifiquement accueillie ; j'ai partagé des moments très forts avec elles. Cela a été une superbe leçon pour moi, parce que j'ai rencontré des femmes plus joyeuses et plus heureuses que dans nos pays. Quand elles enlevaient leur tchador, on se sentait très proches. Elles avaient envie de tester mon matériel d'escalade, et moi j'ai essayé leurs vêtements.

Que désirent-elles ?

Elles m'ont parlé de leur envie de faire des compétitions en dehors de leur pays. Maintenant, je rêve de les faire venir en France pour une compétition ou des entraînements, mais ce n'est pas gagné !

Recueilli par Stéphane Colineau