Egypte: Les affrontements place Tahrir ont fait vingt morts

TENSIONS Le Caire s'embrase, à une semaine dès premières élections législatives en Egypte depuis le départ de Moubarak...

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La police militaire évacue des manifestants de la place Tahrir, au Caire, le 1er août 2011.
La police militaire évacue des manifestants de la place Tahrir, au Caire, le 1er août 2011. — REUTERS/Asmaa Waguih

Les heurts entre manifestants hostiles au pouvoir militaire et forces de l'ordre se poursuivaient ce lundi matin place Tahrir au Caire, après les violences qui ont fait vingt morts depuis samedi.

La police tirait des grenades lacrymogènes sur des centaines de manifestants répartis en petits groupes sur la place et aux alentours, qui répondaient en jetant des pierres, selon des images retransmises en direct par la télévision publique.

Vingt personnes au total sont mortes lors des affrontements: treize dimanche au Caire et deux dans la nuit de samedi à dimanche, l'une dans la capitale égyptienne et l'autre à Alexandrie (nord).

Ces affrontements se déroulent à une semaine du début, le 28 novembre, des premières élections législatives depuis la chute en février du président Hosni Moubarak, poussé au départ par une révolte populaire.

Tôt ce lundi matin, l'imam de la mosquée Omar Makram sur Tahrir, cheikh Mazhar Chahine, a assuré à la télévision publique être parvenu à un accord avec les forces de l'ordre, affirmant que le calme était revenu sur la place.

Démonstration de force menée par les islamistes

Durant la nuit, des contestataires ont lancé des pierres et des cocktails Molotov en direction des policiers, dont certains, positionnés sur le toit d'un immeuble à proximité du ministère de l'Intérieur, proche de la place Tahrir, répliquaient avec des tirs de fusils et de balles de caoutchouc, a rapporté un journaliste de l'AFP.

Les policiers tiraient également de nombreuses grenades lacrymogènes, alors que des manifestants leur renvoyaient en criant «Le peuple veut l'exécution du maréchal» Hussein Tantaoui, dirigeant de facto du pays, selon le journaliste de l'AFP. Outre les 13 morts, recensés par des responsables de la morgue, dont au moins quatre par balles réelles, un homme avait déjà été tué samedi sur la place Tahrir.

Plusieurs médecins ont affirmé soigner de nombreuses blessures par balles. Le docteur Mohammed Taher a déclaré à l'AFP avoir vu un homme ayant reçu une balle dans la tête et un autre au cou, tous deux étaient dans un état grave. Le ministère de la Santé a de son côté recensé 10 morts dimanche et 1.700 blessés depuis samedi, selon l'agence officielle Mena. Des manifestants défilaient également à el-Arich, dans le Sinaï et à Ismaïlia, sur le canal de Suez, tandis que des heurts ont éclaté à l'issue des funérailles d'un jeune homme tué samedi à Alexandrie (nord), selon l'agence officielle Mena.

Pouvoir aux militaires

Des défilés réclamant que le pouvoir, aux mains de l'armée depuis plus de neuf mois, soit restitué aux civils, avaient également lieu dans le centre du pays à Qena, où la télévision d'Etat a fait état de heurts, et à Assiout, selon des responsables de la sécurité.

Cette démonstration de force, menée par les islamistes, visait à réclamer le retrait d'une déclaration constitutionnelle présentée par le gouvernement, qui exemptait en particulier le budget de l'armée de tout contrôle parlementaire.

L'armée s'est engagée à rendre le pouvoir aux civils après l'élection d'un nouveau président. La date de la présidentielle qui doit suivre les législatives n'est toutefois pas encore connue, ce qui suscite de nombreuses craintes de voir les militaires s'accrocher au pouvoir.

A l'étranger, le chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton a estimé que la loi et l'ordre devaient être assurés «dans le respect des droits de l'homme», alors que le ministre canadien de la Défense, Peter MacKay, a jugé ces affrontements «très troublants». Le ministère britannique des Affaires étrangères a «condamné la violence», tandis que Rome et Berlin ont exprimé leur «extrême préoccupation» face à cette situation et «invité toutes les parties à mettre un terme immédiatement aux actes de violences».