Syrie: «Bachar al-Assad ne lâchera rien»

INTERVIEW Fabrice Balanche est maître de conférences à l'Université Lyon 2, directeur du Groupe de Recherches et d'Études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient (Gremo) et spécialiste de la Syrie. Malgré les derniers événements dans le pays, il ne croit pas à une chute prochaine de Bachar al-Assad...

Propos recueillis par Bérénice Dubuc

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Le président syrien Bachar al-Assad salue la foule lors d'une visite dans al ville d'Ar-Raqqa, en Syrie, le 6 novembre 2011.
Le président syrien Bachar al-Assad salue la foule lors d'une visite dans al ville d'Ar-Raqqa, en Syrie, le 6 novembre 2011. — REUTERS/SANA/Handout

Avec la suspension de la Syrie par la Ligue Arabe, Bachar al-Assad semble au pied du mur. Sa chute est-elle proche?

Il est difficile de prédire ce qui va se passer sans être sur place. Cependant, je pense qu’il est optimiste de croire que Bachar al-Assad va abandonner le pouvoir prochainement. Il ne lâchera rien. Le régime s’affaiblit et les insurgés sont encouragés par les pressions extérieures, comme celles mises en place par la Ligue Arabe, mais cette situation peut encore durer des mois, voire des années. Au moins un an.

Pourtant, des militaires désertent désormais et attaquent l’armée régulière et ses bâtiments…

Depuis cet été, il y a effectivement eu plusieurs désertions. Des militaires sont partis se réfugier au Liban ou en Turquie, ou sont restés en Syrie pour prendre les armes et se retourner contre le pouvoir. Cependant, il faut souligner que ces déserteurs sont sunnites, pas alaouites. Si ces derniers désertaient, là ce seraient vraiment un signe, car cela signifierait que les membres des renseignements et les militaires, qui faisaient jusqu’alors bloc autour d’al-Assad parce qu’ils sont alaouites comme lui, l’ont lâché. Mais la crainte principale que l’on peut avoir en observant la situation, c’est que celle-ci pourrisse et favorise la montée du communautarisme, ce qui risque de mener à une guerre civile.

Le pouvoir n’est donc pas mis en difficulté, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de ses frontières?

Sur le plan intérieur, la situation de crise perdure en Syrie depuis huit mois maintenant. Or, contrairement à ce qui s’est passé en Libye, aucune région ne s’est encore libérée, et les villes insurgées connaissent soit un statu quo – comme à Homs et dans le Sud du pays – soit ont été reprises par le pouvoir – comme à Hama. Sur le plan extérieur, la décision de la Ligue Arabe est une avancée, mais elle n’est pas le signe d’une modification fondamentale des équilibres dans la région.

Pourquoi?

La Ligue Arabe est dominée par l’Arabie Saoudite et le Qatar, qui s’étaient déjà prononcés en faveur d’un isolement de la Syrie. Le Liban et le Yémen ont voté contre et l'Irak s'est abstenu, sans doute influencés par l’Iran, soutien indéfectible du régime de Bachar al-Assad. Et, même si cette position anti-Bachar a été saluée par l’Occident et pourrait être portée devant les Nations Unies, les soutiens du président syrien feraient obstacle. Il n’y aura pas d’intervention via une résolution des Nations Unies comme cela a pu être le cas en Libye, car la Chine et la Russie poseront leur veto.