Bangkok ne sort pas la tête de l'eau

À Bangkok, Carol Isoux

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Un policier assis sur des sacs de sable, hier à Bangkok.
Un policier assis sur des sacs de sable, hier à Bangkok. — S. SUKPLANG / REUTERS

Les sacs de sable restent empilés devant les portes d'immeubles et les magasins de Bangkok. L'eau n'est toujours pas arrivée dans les quartiers du centre. Mais les inondations, les pires qu'ait connues le pays depuis plus de cinquante ans, sont loin d'être terminées.

Crainte d'épidémies
Dans les quartiers de l'est, le niveau d'eau oscille entre 1 m et 2,50 m. Pour se déplacer, on prend une barque ou un camion de l'armée. Un bateau-navette assure la liaison entre le centre et les banlieues inondées. La plupart des habitants ont déserté. Seuls demeurent quelques irréductibles, souvent des personnes âgées. Au nord, inondé depuis près de deux mois, l'eau commence légèrement à descendre. Des centaines d'usines ont rouvert leurs portes, et les supermarchés sont à nouveau approvisionnés. « Mais ça n'aurait pas pris autant de temps si les autorités n'avaient pas voulu protéger Bangkok à tout prix », dénonce Bi, une vendeuse de nouilles. Des digues gigantesques ont été construites tout autour de la capitale. Résultat, l'eau ne peut pas s'évacuer vers la mer, elle stagne et pourrit, dans une odeur pestilentielle. « Maintenant on craint surtout les épidémies », affirme Eric Schwartz, volontaire à la Croix-Rouge. Dans plusieurs districts, des citoyens en colère ont détruit en partie les barrages pour permettre à l'eau de s'écouler, mais des milliers de policiers veillent désormais et le gouvernement a prévenu : 1 500 € d'amende et de la prison ferme pour ceux qui tenteraient à nouveau d'ouvrir des brèches dans la ceinture de protection autour de Bangkok.
Le bilan économique des inondations est sévère. Au moins 14 000 usines ont fermé, 780 000 ouvriers sont au chômage technique, sans compter tous les petits commerces. Les usines d'automobiles japonaises Honda, Nissan, ou encore Toyota, ont également stoppé leurs lignes, affectant la chaîne de production mondiale. Les pertes matérielles se chiffrent à dix milliards d'euros, selon la chambre de commerce thaïe. Le gouvernement a lancé un plan de sauvetage des PME et promis une indemnité de 850 € à chaque foyer affecté.