La Jackie Kennedy de Koweït City

©2006 20 minutes

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Ce qui frappe d'abord quand elle apparaît, c'est son sourire éclatant, fait de grandes dents blanches bien alignées comme celui des actrices américaines, un sourire de femme épanouie. La seconde chose qui impressionne, c'est son élégance, simple et naturelle, qui rappelle Jackie Kennedy. A elle seule, Cheikha Houssa Saad Al Abdallah Al Sabah, fille de l'ancien émir du Koweït, est un manifeste pour l'émancipation de la femme arabe. Et c'est justement parce qu'elle veut changer le regard des Occidentaux sur ses congénères qu'elle sera en France à la fin du mois, à l'occasion de la foire de Paris, où la culture arabe est à l'honneur cette année.

Agée d'une cinquantaine d'années – elle refuse d'être plus précise par coquetterie – la vice-présidente de la Commission des femmes du Koweït a étudié dans les collèges et lycées de son pays, mais aussi en Angleterre et au Liban, fait des études supérieures en administration publique et hospitalière. Son premier job ? « J'étais l'agent d'Yves Saint-Laurent au Koweït », glisse-t-elle dans un sourire. Aujourd'hui ? La présidente de l'association des femmes arabes chefs d'entreprise est aussi directrice d'une galerie d'art au Koweït et parle si bien anglais qu'elle avoue elle-même « rêver dans la langue de Shakespeare, au détriment de l'arabe ».

Toujours avec un avion à attraper, souvent à l'étranger, elle ne s'est mariée qu'à l'âge de 30 ans, alors que la grande majorité des Koweïtiennes épousent leur mari à 18 ans. De même, elle n'a eu qu'un seul garçon, « faute de temps », justifie-t-elle, et d'envie visiblement. Sa réussite, elle la doit à ses études, son travail, et surtout sa volonté. « J'ai dû me battre pour m'imposer », avoue-t-elle, tout en remerciant ses parents « pour leur soutien ». Ce sont d'ailleurs eux qui, en élevant de la même façon leurs six filles et leur unique garçon, lui ont appris l'égalité des sexes.

Pour Cheikha Houssa, toute la question est là : dans l'éducation. Pour cela, elle convie les Koweïtiennes à des séminaires. « Le problème de la femme arabe, explique-t-elle, ce n'est pas l'homme, c'est sa mère ; la façon dont elle élève ses enfants, dont elle fait de son fils un prince choyé, de sa fille une servante. »

Clémence Lemaistre

Privées de leurs droits civiques depuis l'indépendance du Koweït, en 1961, les femmes ont obtenu le droit de vote et celui d'être candidate en mai 2005. En 2007, lors des législatives, Cheikha Houssa espère que les femmes décrocheront plusieurs mandats de députés. Malgré les menaces des islamistes radicaux, une femme, Maasouma Moubarak a été nommée ministre de la Planification du Koweït, en juin dernier. Les femmes peuvent travailler et diriger des entreprises. Mais elles subissent la polygamie, les hommes pouvant avoir plusieurs épouses au Koweït.