Italie: «La formation d'un gouvernement technique de la majorité élargie est l'option la plus probable»

INTERVIEW Silvio Berlusconi a confirmé ce mercredi sa démission du poste de président du Conseil italien. A quoi va ressembler l'Italie après Berlusconi, et quand un nouveau gouvernement va-t-il être formé? Pierre Musso, professeur à l'université Rennes II et auteur de «Sarkoberlusconisme, la crise finale?» (éd. De l’Aube), répond aux questions de «20 Minutes»...

Propos recueillis par Bérénice Dubuc

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Silvio Berlusconi, chef du gouvernement italien, au Parlement italien, le 8 novembre 2011
Silvio Berlusconi, chef du gouvernement italien, au Parlement italien, le 8 novembre 2011 — A. Medichini/AP/SIPA

Que va-t-il se passer, maintenant que Berlusconi a démissionné?

Silvio Berlusconi démissionnera une fois la loi de stabilité économique votée, probablement d’ici une dizaine de jours. Ensuite, le chef de l'Etat, Gioirgio Napolitano, devra trouver une nouvelle majorité au parlement – avec l’opposition ou avec l’actuelle majorité à laquelle viendraient s’ajouter d’autres partis – pour créer un «gouvernement technique», ou convoquer des élections législatives anticipées.

L’option des élections anticipées est très peu probable, vue la situation financière et la pression des marchés. En effet, entre la démission du président du Conseil et les élections, il devra se passer au moins 70 jours, ce qui amènerait à avoir une sortie de crise seulement en février, au moment même où les marchés financiers s’affolent. L’annonce de la démission de Silvio Berlusconi a en effet créé ce mercredi un climat d'incertitude pour les marchés - le spread comme les taux d'intérêt ont atteint un niveau record.

Que faudrait-il faire pour satisfaire les marchés?

Passer par la formation d’un «gouvernement technique» avec l’opposition, via une coalition allant du centre droit à la gauche, avec à sa tête, Mario Monti, économiste et ancien commissaire européen à la Concurrence. Cependant, que les partis allant de la gauche à l’UDC de Pier Ferdinando Casini et Gianfranco Fini réussissent à s’allier est très improbable. Certains, comme Antonio Di Pietro, se sont d’ailleurs prononcés en faveur d’élections anticipées, car selon lui, une telle alliance serait trop fragile et trop instable.

Quelle est l’option la plus probable alors?

L’option de la formation d’un «gouvernement technique» de la majorité de droite actuelle élargie. Gioirgio Napolitano peut consulter les chefs des partis et charger une nouvelle personnalité de tenter de trouver une majorité au parlement. Il pourrait s’agir d’une nouvelle alliance à droite, entre le parti de Berlusconi, le Popolo della Libertà, la Ligue du Nord, son «allié de fer», et le centre droit (UDC), qui faisait partie de l’ancienne majorité mais a fait sécession.

Il y aurait alors une nouvelle coalition, et un nouveau candidat au poste de président du Conseil pour diriger ce gouvernement technique. Napolitano pourrait aussi renommer Berlusconi, mais c’est peu probable.

Qui pourrait être à la tête de cette nouvelle coalition?

Il pourrait s’agir de Gianni Letta, directeur de cabinet de Silvio Berlusconi, ou d’Angelino Alfano, que Silvio Berlusconi a toujours présenté comme son dauphin, ou une autre personnalité du Popolo della Libertà.

Berlusconi continuerait-il de jouer un rôle dans la politique italienne?

Bien sûr, car il est incontournable. Il est le président du premier parti politique italien, et son «alliance de fer» avec la Ligue du Nord lui assure au moins 40% de l’électorat. De plus, il possède la majorité absolue au Sénat, ce qui dans le système italien le rend inévitable: rien ne peut être fait sans l’accord du Sénat, donc sans celui de Berlusconi.