Népal : ordre de tirer à vue sur l'opposition

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Des milliers de Népalais ont scandé "A bas la monarchie" mardi au Népal où pour la première fois les autorités ont arrêté des fonctionnaires qui ont rejoint le vaste mouvement de protestation contre le roi, lancé par l'opposition il y a près de 15 jours.
Des milliers de Népalais ont scandé "A bas la monarchie" mardi au Népal où pour la première fois les autorités ont arrêté des fonctionnaires qui ont rejoint le vaste mouvement de protestation contre le roi, lancé par l'opposition il y a près de 15 jours. — Manan Vatsyana AFP

Journée cruciale pour le petit royaume népalais. Le pouvoir a imposé, pour aujourd'hui, un couvre-feu à Katmandou, avec ordre de tirer à vue sur les contrevenants. Une mesure radicale destinée à empêcher la grande manifestation prévue dans la capitale. Les sept principaux partis politiques ont en effet appelé à une vaste mobilisation pour protester contre le roi Gyanendra, qui a pris les pleins pouvoirs le 1er février 2005.

Depuis le lancement, il y a quinze jours, du mouvement destiné à rétablir la démocratie dans le pays, dix personnes ont déjà été tuées et « près de 4 000 arrêtées », selon l'ONU. Pour justifier la répression, le roi continue à accuser la guérilla d'être à l'origine de la contestation. Mais c'est « un ensemble très large de fonctionnaires, d'ouvriers, d'étudiants, de gens ordinaires qui s'opposent désormais à la répression et accusent le roi d'être responsable de la poursuite de la guerre avec les maoïstes », estime Brigitte Steinmann*, chercheuse au CNRS. La rigidité du roi, sur le trône de la dernière monarchie hindoue de la planète, a ainsi abouti à une alliance informelle et de circonstance entre la rébellion maoïste et l'opposition. Cette dernière réclame désormais l'instauration d'une république, dans un pays où la monarchie a débuté en 1768 et où le roi est considéré comme l'incarnation du dieu Vishnu.

Reste à savoir si l'armée continuera à soutenir le souverain et si elle osera tirer sur la foule. Nombre de soldats viennent en effet de familles de paysans, qui fournissent aussi les bataillons de la rébellion maoïste. Une violente répression pourrait mener « à une guerre civile intrafamiliale », redoute la chercheuse. La situation inquiète également les voisins du royaume. L'Inde tout d'abord, qui craint la contagion maoïste chez elle. La Chine ensuite, qui désire un Népal stable, faisant office de tampon avec le géant indien.

Clémence Lemaistre

* Le Maoïsme au Népal, CNRS Editions. A paraître.