Grèce: la zone euro dans tous ses états

ECONOMIE Même si Papandréou se dit confiant sur l'issue du référendum...

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Nicolas Sarkozy, le 1er novembre 2011 à l'Elysée, à l'issue d'une réunion sur la crise grecque. 
 
Nicolas Sarkozy, le 1er novembre 2011 à l'Elysée, à l'issue d'une réunion sur la crise grecque.   — AFP PHOTO JOEL SAGET

Dernière info (1h30): Le référendum aura lieu «dès que possible», a affirmé Athènes. Dans un communiqué, Papandréou estime que le vote sera «un mandat clair et un message clair en Grèce et à l'extérieur concernant notre présence européenne et notre participation à l'euro»

La zone euro a brutalement replongé dans l'instabililité mardi après l'annonce surprise d'un référendum en Grèce, un coup de poker qui menace le plan de sauvetage sur lequel les partenaires européens d'Athènes s'étaient laborieusement mis d'accord la semaine dernière.

Stupeur et indignation dominaient les réactions en Europe et dans le monde à l'annonce surprise, lundi soir, de ce référendum sur le plan de sauvetage par le Premier ministre grec Georges Papandréou. L'agence de notation Fitch a averti qu'un «non» des électeurs grecs menacerait la viabilité de toute la zone euro.

«Paris et Berlin déterminés»

Le président Nicolas Sarkozy s'est entretenu par téléphone avec la chancelière allemande Angela Merkel, à deux jours d'un sommet du G20 à Cannes (sud de la France) au cours duquel la zone euro espérait obtenir le soutien des autres grandes puissances à ses efforts pour sauver la Grèce. Paris et Berlin sont «déterminés» à faire appliquer le plan de sauvetage de la Grèce, a indiqué la présidence française après cet entretien.

Les dirigeants allemand et français, ainsi que ceux de l'Union européenne et du Fonds monétaire international, se réuniront dès mercredi à Cannes, avant de rencontrer M. Papandréou.

Réunion à l'Elysée

M. Sarkozy et ses principaux ministres tenaient une réunion de crise mardi dans l'après-midi à Paris. «L'accord de Bruxelles pour sauver l'euro et résoudre le problème de la dette grecque, signé la semaine dernière après un sommet européen, est la seule voie possible», a estimé le président français à l'issue de cette réunion. Il a ajouté que «donner la parole au peuple est toujours légitime mais la solidarité de tous les pays de la zone euro ne saurait s'exercer sans que chacun consente aux efforts nécessaires».

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En zone euro, toutes les Bourses ont dévissé, les actions des banques subissant une descente aux enfers. A la clôture, Paris a lâché 5,38%, Francfort 5%, Milan 6,80%, Madrid 4,19%. Athènes a plongé de 6,92%. Londres a terminé sur un recul de 2,21%, Wall Street creusait ses pertes à la mi-journée, et l'euro se dépréciait fortement face au dollar.

Une décision surprise

Le coup de poker du premier ministre grec a «pris les marchés par surprise et les a choqués», a estimé à Paris la société de courtage IG Market.

L'Italie, de plus en plus dans le collimateur des marchés, a vu ses taux sur le marché de la dette s'envoler. «Je ne peux pas exclure» une faillite de la Grèce en cas de non au référendum, a prévenu le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, président de l'Eurogroupe. Il a confirmé que M. Papandréou avait «pris sa décision sans en informer ses collègues européens».

>> Juncker n'exclut pas une faillite de la Grèce, si elle rejette le plan européen

Le président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, a comparé le référendum à «un coup de dés». «Si cela échoue ce sera le bazar!», a-t-il averti.

Il s'agira d'un «référendum sur l'appartenance de la Grèce à la zone euro», a analysé le ministre finlandais des Affaires européennes, Alexander Stubb.

Herman Van Rompuy et José Manuel Barroso ont «confiance»

A Bruxelles, les présidents de l'UE Herman Van Rompuy, et de la Commission européenne José Manuel Barroso, ont néanmoins dit avoir «pleine confiance» dans le respect par la Grèce de ses engagements à l'égard de la zone euro.

Dans un communiqué commun, les deux principaux dirigeants de l'UE ont estimé que le plan conclu à l'arraché dans la nuit du 26 au 27 octobre à Bruxelles, qui prévoit une recapitalisation des banques européennes afin qu'elles puissent réduire de 50% leurs créances sur la Grèce, était «le meilleur» pour Athènes.

L'Institut de la finance internationale (IIF), qui représente les grandes banques du monde, a fait savoir pour sa part qu'il s'en tenait à l'accord de Bruxelles et «réaffirmé son intention d'aller de l'avant».

Le référendum, un risque pour la Grèce et pour l'Europe

Le référendum en Grèce devrait avoir lieu en janvier et sera le premier depuis celui qui avait aboli la monarchie en 1974. L'annonce a fragilisé davantage le gouvernement Papandréou, qui va demander la confiance du Parlement lors d'un vote vendredi. La fronde de deux parlementaires socialistes, dont l'une a réclamé un gouvernement «de salut national» pour garantir l'exécution du plan de sauvetage, a réduit à 152 sur 300 le nombre de députés acquis à M. Papandréou.

Le Premier ministre grec, qui s'est entretenu avec Mme Merkel mardi matin, a réaffirmé que le référendum allait «renforcer le pays dans la zone euro». Il devait présider en fin d'après-midi un conseil ministériel de crise. Le politologue grec Ilias Nikolapopoulos l'a accusé d'avoir pris une décision potentiellement «suicidaire pour le pays».

«Que va-t-il se passer si le peuple dit 'non'? Le risque est que la communauté internationale coupe l'arrivée d'argent et que le pays finisse par quitter l'euro», après avoir fait défaut, a commenté à Francfort Christoph Weil, analyste de Commerzbank.

Mais pour la plupart des analystes grecs, M. Papandréou n'avait pas le choix, contraint de trouver une issue sur le plan intérieur face au refus catégorique de l'opposition de lui prêter main forte et à une contestation sociale généralisée.