Vote sous tension à l'Unesco sur l'adhésion de la Palestine

DIPLOMATIE Un vote symbolique qui pourrait provoquer une crise....

© 2011 AFP

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Mais le président palestinien Mahmoud Abbas a été ferme jeudi. "Nous ne renoncerons pas à la demande d'adhésion de la Palestine à l'Unesco, où la bataille est très intense", a-t-il déclaré, affirmant ne voir "aucune justification" à l'abandon de cette candidature.
Mais le président palestinien Mahmoud Abbas a été ferme jeudi. "Nous ne renoncerons pas à la demande d'adhésion de la Palestine à l'Unesco, où la bataille est très intense", a-t-il déclaré, affirmant ne voir "aucune justification" à l'abandon de cette candidature. — Karim Jaafar afp.com

La conférence générale de l'Unesco se prononce lundi sur l'adhésion de la Palestine à l'organisation en tant qu'Etat membre, un vote symbolique qui risque de provoquer une grave crise de l'organisation onusienne avec l'arrêt immédiat de son financement par les Etats-Unis.

Selon l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco), dont le siège est à Paris, le vote doit avoir lieu en fin de matinée lundi, jour où le ministre palestinien des Affaires étrangères Riyad al-Malki doit s'exprimer devant la conférence générale.

L'enjeu est symbolique pour les Palestiniens qui y voient la possibilité d'un premier succès dans leur démarche d'adhésion à l'ONU en tant qu'Etat membre à part entière.

«Mission d'observation»

Des pressions diplomatiques des Etats-Unis et de certains pays européens se sont exercées sur les Palestiniens, qui n'ont actuellement qu'un statut de «mission d'observation» à l'Unesco, pour qu'ils renoncent à leur candidature en tant qu'Etat membre.

Washington, Paris ou Berlin jugent ainsi ce vote prématuré, la demande d'adhésion des Palestiniens en tant qu'Etat membre à part entière à l'ONU étant toujours en cours d'examen par le Conseil de sécurité.

«L'Unesco, ce n'est ni le lieu, ni le moment. Tout doit se passer à New York. On espère que les choses vont bouger, mais il faut continuer à convaincre», a déclaré vendredi le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Bernard Valero.

Des abstentionnistes

Mais le président palestinien Mahmoud Abbas a été ferme jeudi. «Nous ne renoncerons pas à la demande d'adhésion de la Palestine à l'Unesco, où la bataille est très intense», a-t-il déclaré, affirmant ne voir «aucune justification» à l'abandon de cette candidature.

Pour entrer en vigueur, l'adhésion palestinienne à l'Unesco doit être votée à la majorité des deux tiers des votants parmi ses 193 membres. Selon des sources diplomatiques, les Palestiniens sont assurés d'obtenir ce quorum.

Ils ont déjà en effet recueilli plus de voix qu'ils n'espéraient au cours du vote du conseil exécutif de l'agence onusienne le 5 octobre sur l'adhésion. Sur 58 membres, seuls quatre avaient voté contre (Etats-Unis, Allemagne, Lettonie et Roumanie) et 18, dont la France et l'Espagne, s'étaient abstenus.

«Ligne rouge»

L'adhésion de la Palestine à l'Unesco risque de provoquer une grave crise avec l'arrêt immédiat du financement de l'agence onusienne par les Etats-Unis, ce qui priverait l'agence de 22% de son budget, soit un trou de 70 millions de dollars dès 2011.

Deux lois américaines du début des années 1990 interdisent en effet le financement d'une agence spécialisée des Nations unies qui accepte les Palestiniens en tant qu'Etat membre à part entière.

Il y a des «lignes rouges» à ne pas franchir, a averti mercredi le porte-parole du département d'Etat, Mme Victoria Nuland. «Nous sommes préoccupés quant à notre capacité à continuer à faire bénéficier l'Unesco du plein soutien américain».

Pour la directrice générale de l'Unesco Irina Bokova, un départ des Etats-Unis aurait «de graves conséquences».

«Il faudra couper des programmes, réajuster l'équilibre de notre budget. Mais ce n'est pas seulement un problème financier, c'est un problème qui concerne l'universalité de notre organisation», a-t-elle dit à l'AFP, en jugeant que c'est «dans l'intérêt des Etats-Unis» de rester à l'Unesco.

Les Européens voudraient convaincre les Palestiniens de se contenter d'adhérer dans l'immédiat à trois conventions de l'Unesco, dont celle du Patrimoine mondial, ce qui est possible pour un «Etat non membre».

Cela permettrait aux Palestiniens de déposer des demandes de reconnaissance au Patrimoine mondial, dont certaines pour des sites dans les territoires occupés par Israël. Ramallah a une vingtaine de dossiers à déposer, le premier concernant l'église de la Nativité à Bethléem.