VersUn cabinet multicolore

A Tunis, Julie Gommes

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Moncef Marzouki (au centre), leader du CPR, hier, lors d'une conférence de presse à Tunis.
Moncef Marzouki (au centre), leader du CPR, hier, lors d'une conférence de presse à Tunis. — Z. SOUISSI / REUTERS

La majorité à l'Assemblée constituante tunisienne n'est, au vu des premiers résultats, acquise par aucun des partis. Même si Ennahda a tiré son épingle du jeu électoral, Rached Ghanouchi devra composer avec le Congrès pour la République (CPR) de Moncef Marzouki et Etakatol, deux partis qui peuvent aussi bien se transformer en faiseurs de roi que constituer la tête d'un front anti-islamiste. Le politologue tunisien Amadi Rédici n'y croit pas : « Il n'y aura pas de coalition et aucun parti n'aura la majorité. » Pour lui, la Tunisie aura un gouvernement multicolore : « C'est un jeu assez pervers. Ce gouvernement permettra à tous de sauver la mise faute d'accord avec Etakatol et le CPR. »

Un régime parlementaire
Marzouki, président du CPR, a rencontré hier après-midi les représentants d'Ennahda et d'Etakatol mais n'envisageait pas d'accord précis « Nous voulons faire partie d'un gouvernement de coalition, le plus large possible », déclarait-il hier matin. Avec près de quatre-vingt sièges, le parti islamiste pourrait toutefois utiliser son avance pour créer une minorité de blocage. Une perspective qui n'alarme pas le politologue : « Ennahdha veut un régime parlementaire, c'est le seul point sur lequel ils pourraient intervenir en opposition au régime mixte souhaité par la plupart des partis », le CPR en tête, plutôt favorable à un système à la française avec un président et une Assemblée. Aucune minorité de blocage n'est fixée officiellement : « Elle le sera peut-être via le règlement de l'Assemblée, écrit par l'Assemblée elle-même. Pour l'instant, rien n'est acté », commente Amadi Rédici, même si « le PDP et le Pôle démocratique et moderniste ne font pas parti d'un gouvernement avec les islamistes ». Il ne reste donc qu'à attendre que les résultats définitifs et officiels sortent. Les listes auront ensuite 48 heures pour déposer plainte et un recours en invalidation, comme le prévoit la loi électorale avant que l'Assemblée constituante ne siège officiellement.