Au Rwanda, le magazine «Causette» enquête et gêne (un peu)

POLEMIQUE Une journaliste a rencontré l'une des Rwandaises qui affirme avoir été violée par des militaires français dans le cadre de l'opération Turquoise, en 1994. Et les dossiers du magazine ont mystérieusement disparu...

Armelle Le Goff

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Un camp de réfugiés Hutu fête l'arrivée à Butare de militaires français, dans le cadre de l'opération Turquoise, le 3 juillet 1994
Un camp de réfugiés Hutu fête l'arrivée à Butare de militaires français, dans le cadre de l'opération Turquoise, le 3 juillet 1994 — AFP / HOCINE ZAOURAR

Entre Paris et Kigali, tout est matière à tensions. Aux lendemains de la venue en France, en juin dernier, de trois Rwandaises qui accusent, depuis 2004, des militaires français de les avoir violées lors de l’opération Turquoise en 1994, le magazine Causette décide de lancer une enquête. «Le contexte est alors celui de l’affaire DSK. Or, concernant ces femmes Rwandaises [qui doivent être entendues par un juge du tribunal aux armées de Paris (TAP)] la presse souligne abondamment le fait qu’elles sont sans doute manipulées par le régime de Kagame. Mais, le fait qu’elles soient manipulées n’invalide pas forcément leurs accusations», explique Grégory Lassus-Debat.

Des témoins qui corroborent les accusations

La journaliste Leila Minano part tenter de retrouver sur place d’éventuels témoins. Elle rencontre Irène, qui dit avoir été violée, il y a dix-sept ans, par deux militaires français. Elle ne veut pas porter plainte et, selon Causette, ne sait rien de la procédure en cours. Même chose pour une jeune rescapée du camp de Nyarushishi. «Il peut y avoir des saloperies limitées derrière une haie, reconnaît le colonel Jacques Hogard, qui commandait le secteur du camp. Si cela a existé ce sont des cas isolés, pas un système». Mais il faut croire que même limitées, les «saloperies» pourraient être gênantes. Le jour du bouclage, les dossiers ont disparu du serveur du magazine. Mardi, Grégory Lassus-Debat a déposé plainte à la Brigade d’enquête sur la fraude aux technologies d’informations (BEFTI) pour «accès frauduleux dans le système de traitement automatisé de donnés et suppression de fichiers».