Le Tchad, 46 ans d'instabilité politique

— 

Quatre cadavres d'hommes en uniformes, pieds nus, gisent sous un soleil de plomb. Des prisonniers déguenillés sont exhibés. Visite guidée d'Adré, dans l'est du Tchad, au lendemain de violents combats avec une rébellion dans laquelle N'Djamena voit la main du Soudan.
Quatre cadavres d'hommes en uniformes, pieds nus, gisent sous un soleil de plomb. Des prisonniers déguenillés sont exhibés. Visite guidée d'Adré, dans l'est du Tchad, au lendemain de violents combats avec une rébellion dans laquelle N'Djamena voit la main du Soudan. — Marco Longari AFP/Archives

L’histoire du Tchad depuis son indépendance est marquée par un profond antagonisme entre un Nord géographiquement très étendu mais peu peuplé et un Sud plus petit mais plus dense et qui concentre l’essentiel des richesses du pays : le coton et depuis octobre 2003, le pétrole, pompé des gisements de Doba. Le pouvoir politique, aux mains des Sudistes initialement, a ensuite basculé au profit des différents chefs de guerre nordistes : Goukouni Weddeye, Hissène Habré et Idriss Déby. L’ancienne puissance coloniale, la France, est toujours restée arbitre de ces incessants conflits.

1960 : Le Tchad devient indépendant comme l’ensemble des colonies françaises d’Afrique noire. François Tombalbaye est président et instaure un régime dictatorial et un parti unique, le PTT, en 1962

1966 : Les forces du Nord créent le Front de libération nationale (Frolinat). La rébellion, alimentée notamment par les paysans musulmans du Nord, se développe. Ibrahim Abatcha, à l’origine du Frolinat, sera livré par ses soldats contre 3 millions de francs CFA et tué en 1968.

1972 : Tombalbaye demande l’appui de la Libye contre les rebelles et promet en échange à Kadhafi la bande d’Aozou, un territoire au nord du pays de 104 000 km carrés revendiqué par Tripoli suite à un accord entre la France de Laval et l’Italie de Mussolini en 1935. Cette zone est riche en uranium et manganèse.
La France intervient contre la rébellion : 39 militaires français sont tués.

1973 : La Libye annexe la bande d’Aozou mais ne tient pas ses promesses contre les rebelles du nord.

Avril 1974 : Les rebelles du nord enlèvent l’archéologue Françoise Claustre

13 avril 1975 : Un coup d’État militaire porte le général Felix Malloum au pouvoir. Tombalbaye est tué et la dictature renforcée.

1976 : Hissène Habré se sépare de Goukouni Oueddei à la tête des rebelles

30 janvier 1977 : Libération de Françoise Claustre, grâce à l’aide de la Libye.

1978 : Hissène Habré devient Premier ministre du gouvernement d’union nationale mais ne veut pas intégrer son armée au sein de l’armée nationale

1979 : Tentative de coup d’État d’Hissène Habré, à la tête des Forces armées du Nord (FAN), qui entraîne de violents combats dans la capitale, N’Djamena, avec les troupes du Frolinat de Goukouni Weddeye
Novembre : Accords entre les belligérants grâce aux médiations de paix du Nigeria et de la Libye. Constitution du gouvernement national de transition (Gunt) dont Weddeye devient président.

21 mars 1980 : Echec du gouvernement : Hissène Habré, ministre de la défense, entre en rébellion contre le Gunt. Nouvelle guerre

7 juin 1982 : Habré pénètre dans N’Djamena, le Gunt s’exile en Algérie et en Libye. Le pouvoir reçoit le soutien de la France contre la Libye. Les militaires français interviennent plusieurs fois dans les années 80, notamment en 1983 et 1986 pour détruire une piste d’aviation à Ouadi-Doum, contrôlée par Kadhafi

1989 : Hissène Habré rencontre Kadhafi à Bamako et un accord intervient un mois plus tard qui prévoit le retrait du nord de 7 à 8000 soldats libyens

1er décembre 1990 : Le colonel Idriss Déby s’empare du pouvoir, Hissène Habré s’exile au Cameroun puis au Sénégal.

1994 : La Cour internationale de justice de La Haye attribue au Tchad la bande d’Aozou

11 juillet 1996 : Idriss Déby promulgue une charte nationale qui garantit la liberté d’expression et le multipartisme. Il organise pour la première fois des élections qu’il remporte et devient président élu de la République

1998 : Le mouvement pour la démocratie et la justice (MDJT), mené par Youssouf Togoimi, entre en rébellion contre le gouvernement.

2001 : Idriss Déby est réélu président de la République.

Janvier 2002 : Le gouvernement et les rebelles signent un traité de paix, qui met fin à trois ans de guerre civile.

Mai 2002 : Combats dans le nord entre les rebelles et le gouvernement, qui brise l’accord de paix.

20 octobre 2003 : Le Tchad commence à exporter du pétrole

2004 : Arrivée au Tchad de réfugiés soudanais qui fuient les combats au Darfour. Combat entre les troupes tchadiennes et les milices soudanaises, progouvernementales.

2005 : Apparition des rebelles du Front uni pour le changement (Fuc) avec, à sa tête, le capitaine Mahamat Nour Abdelkerim, issu de l'ethnie tama (arabe) et soutenu par le Soudan voisin. Les rebelles s'emparent de la garnison d'Haraz Manguegne (sud-est), près de la frontière centrafricaine.

2006

10 avril : Les rebelles prennent la localité de Koukou (est) où, selon une source humanitaire, ils s'emparent d'un camp de réfugiés soudanais à Goz Amir.

11 avril : Le Fuc prend sans grande résistance la ville de Mongo (à moins de 400 km à l'est de N'Djamena).

12 avril : Les autorités affirment avoir repris Mongo et mis un coup d'arrêt à l'offensive. La France condamne toute "tentative de prise de pouvoir par la force" et renforce son dispositif militaire au Tchad, fort de 1.200 hommes, avec 150 soldats venus de Libreville. "Les forces françaises au Tchad ne sont pas impliquées dans les combats" et leur rôle se limite à un "soutien de renseignement" au régime "légitimement élu". Les Etats-Unis et l'Onu décident d'évacuer des personnels "non essentiels" de la capitale. Dans la soirée, les rebelles qui poursuivent leur offensive se trouvent dans la banlieue de N'Djamena. Le Fuc affirme contrôler "plus de 80%" du pays.
Un deuxième groupe de rebelles se joint au Fuc. Il s’agit du Socle pour le changement, l'unité nationale et la démocratie (Scud), dirigé par Yaya Dillo Djerrou, de l'ethnie zaghawa, à laquelle appartient le président Déby. Constitué de déserteurs et d'ex-membres du clan présidentiel, il reproche à Déby de ne pas avoir assez soutenu les rebelles soudanais en lutte contre des groupes armés arabes au Darfour, à l'ouest du Soudan.

13 avril : Les autorités tchadiennes repoussent un assaut des rebelles sur N'Djamena, après plusieurs heures d'intenses combats, qui ont fait officiellement 370 morts chez les rebelles et une trentaine dans les rangs de l'armée. Paris juge la situation "très préoccupante et évolutive". Son ministère de la Défense dément formellement tout bombardement des positions rebelles comme l'affirme le Fuc, mais admet qu'un Mirage français a tiré "un coup de semonce" sur une colonne qui se dirigeait vers la capitale. Des combats dans la ville d'Adré (est), près de la frontière soudanaise, ont fait 150 morts selon le ministre tchadien de la Défense, qui affirme que les rebelles du Fuc ont été repoussés vers le Soudan. L'Onu condamne toute tentative de prise du pouvoir par la force et appelle le Tchad et le Soudan à s'abstenir d'actes hostiles l'un contre l'autre alors que N’Djamena dénonce une "agression programmée à partir de Khartoum contre le Tchad". Le Soudan dément toute implication dans cette "affaire interne".

14 avril : Après une nuit calme, N'Djamena retrouve un visage presque habituel. Des soldats tchadiens ont été transportés jeudi soir et vendredi matin dans le sud du pays par avions français, à la demande du Tchad. Le Fuc affirme avoir effectué un "repli tactique" à 40 km de la capitale. Le président tchadien, Idriss Deby, annonce la rupture des relations diplomatiques de son pays avec le Soudan. Il menace d'expulser les quelque 200.000 réfugiés soudanais dans l'est du Tchad si une solution n'est pas trouvée pour mettre un terme au conflit du Darfour voisin.

15 avril : Idriss Deby critique violemment son homologue soudanais, Omar el Béchir, qu'il accuse de "génocide" au Darfour et qualifie de "traître".

16 avril : La délégation tchadienne se retire des négociations de paix sur le Darfour entamées au Nigeria sous l'égide de l'Union africaine.

17 avril : Idriss Deby s’engage à ne pas expulser, comme il le menaçait, les 200.000 réfugiés du Darfour installés au Tchad. Le ministre tchadien des Affaires étrangères, Ahmat Allami, accuse le Soudan d'être "en train de reconstituer une nouvelle armée" rebelle pour attaquer le Tchad, après l'échec du 13 avril. Des colonnes de rebelles du Fuc sont repérées dans la région de Sarh, à 500 km au sud de N'Djamena, et prises en chasse par un hélicoptère de l'armée nationale tchadien