Tunisie: Etre observateur des élections pour participer à la marche du pays vers la démocratie

REPORTAGE Akil Alouini, un pharmacien tunisois a choisi, ce dimanche, non seulement de voter, mais aussi d'observer le scrutin pour aider la Tunisie...

Bérénice Dubuc

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Les Tunisiens se sont rendus en nombre aux urnes, le dimanche 23 octobre 2011, pour leur premier scrutin libre depuis Ben Ali.
Les Tunisiens se sont rendus en nombre aux urnes, le dimanche 23 octobre 2011, pour leur premier scrutin libre depuis Ben Ali. — BECHIR BETTAIEB / AFP

De notre envoyée spéciale en Tunisie,

Assis dans un coin du bureau de vote de la rue de Marseille, dans le centre-ville de Tunis, un homme scrute chaque mouvement des assesseurs, et chaque Tunisois qui se présente pour participer au scrutin. Dans le civil, Akil Alouini est pharmacien. Mais, ce dimanche, lors du premier scrutin libre post- Ben Ali, il est plus qu’un simple citoyen. Il est observateur.

Ils sont nombreux à surveiller les élections de ce dimanche: 533 observateurs internationaux, mandatés par l’Union européenne, le Conseil de l’Europe ou le centre Carter aux Etats-Unis, et 6.939 observateurs nationaux. Parmi ces derniers, certains, comme Akil, viennent de la société civile tunisienne.

Une façon d’aider son pays

Akil s’est porté volontaire car il voulait aider son pays. «Au lendemain de la révolution, on pouvait soit s’engager en politique – devenir militant ou même candidat – soit s’engager dans l’organisation. Pour moi, c’était trop tôt pour choisir un parti – d’autant qu’il y en a maintenant plus de 110. Alors je me suis proposé pour être observateur.»

Il a donc rempli un dossier de candidature – «L’Isie vérifie qu’on est neutre, qu’on n’est pas affilié à un parti, et notre moralité, notre casier judiciaire.» Son dossier retenu, il a suivi deux jours de formation.

Pas d'indemnités

Akil a préféré être itinérant ce dimanche, c’est-à-dire d’arpenter les bureaux de vote tunisois. Cependant, il ne perçoit pas d’indemnités. «Il y a bien des bons pour l’essence. Mais je n’en ai pas demandé. C’est ma façon de participer», indique-t-il.

Ce dimanche matin, il a donc commencé par son propre bureau de vote, dans le quartier de Nasr. «Il y avait du monde qui attendait jusqu’à une trentaine de mètres à l’extérieur de l’école», raconte-t-il.

Une forte affluence

Et, dans tous les bureaux de vote du grand Tunis où il passe ce dimanche, l’affluence est forte. Dans la cour de l’école primaire qui abrite le centre de vote de la rue de Marseille, dans le centre-ville de Tunis, les électeurs patientent, par dizaines, sous un soleil de plomb, malgré la chaleur. Même scène à l’école primaire de la cité Tayaran, dans le quartier défavorisé de Mellassine, dans la banlieue nord-ouest de Tunis, ou au lycée de l’Ariana, ville au nord de la capitale tunisienne.

En fin de journée, Akil retourne au bureau de Nasr pour la fermeture et observer le dépouillement des bulletins de vote. L’Isie avait prévu que l’opération serait terminée vers 3h du matin lundi, mais avec l’affluence, ce pourrait être plus long. «J’y vais. Mais si ça dure beaucoup plus longtemps, je me ferai relever, parce que, demain, il faut que j’ouvre ma pharmacie.»