Élections en Tunisie: «Il n'y a pas d'excuse pour ne pas venir. Si on ne vote pas, on va le regretter»

REPORTAGE Ce dimanche, les Tunisiens se sont pressés en masse dans les bureaux de vote pour élire leur Assemblée constituante lors du premier scrutin libre post-Ben Ali...

Bérénice Dubuc

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Les Tunisiens se sont rendus en nombre dans les bureaux de vote le 23 octobre 2011, comme ici à Menzeh, près de Tunis, pour leurs premières élections libres.
Les Tunisiens se sont rendus en nombre dans les bureaux de vote le 23 octobre 2011, comme ici à Menzeh, près de Tunis, pour leurs premières élections libres. — Amine Landoulsi/AP/SIPA

De notre envoyée spéciale en Tunisie

Les Tunisiens ont été plus que réceptifs aux appels envoyés par l'Instance Supérieure Indépendante pour les Élections (Isie). Ce dimanche, tout au long de la journée, ils ont pris d'assaut les bureaux de vote.

Selon la commission électorale, l'affluence dans les bureaux de vote dépasse «toutes les attentes», et la participation avoisinait les 70% à trois heures de la fermeture des bureaux de vote.

«Ça vaut la peine de patienter»

Dans un centre de vote de Tunis, l’école primaire de la rue de Marseille, les files d’attentes s’étirent et serpentent dans la cour. Par dizaines, les gens patientent dans le calme, sous un soleil de plomb, malgré la chaleur.

«Ce vote, ça nous permet de nous sentir citoyens», affirme Nourhene, une jeune femme de 36 ans. «C’est la toute première fois. Ça vaut la peine de patienter.» Zakia, qui a voté après presque quatre heures d’attente, confirme: «C’est un plaisir et un honneur.»

Un dimanche en famille

Pourtant, elle ne s’attendait pas à une telle affluence. Les Tunisois sont venus en famille, y compris avec les enfants. «C’est une fête pour tout le monde», explique Zakia. Son fils est allé voter avec sa petite fille de 2 ans, «parce qu’il faut qu’elle voit ce que c’est».

Certains prennent des photos, l’index teinté de bleu fièrement levé. «C’est un bonheur, c’est une fierté, c’est un jour historique dont il faut se souvenir», explique Mohamed, 30 ans.

Les urnes presque pleines depuis la mi-journée

Partout dans les bureaux de vote du grand Tunis, il y a autant de monde. La preuve: les urnes sont toutes presque pleines depuis la mi-journée. «Je n’ai jamais vu ça, mais ca fait 50 ans qu’on attend ça», avance en guise d’explication un observateur du parti Ennahda, présent dans l’école de la cité Tayaran pour s’assurer que le scrutin se passe bien.

Près de la porte, Noura, 30 ans, qui porte le hijab, est très exaltée: «C’est la première fois que je vote de toute ma vie!» Et il y a tellement de monde que c’est la troisième fois de la journée qu’elle revient.

«Un sentiment trop fort pour parler»

A Nasr, Mehdi, 18 ans, attend depuis plus de trois heures de pouvoir voter. «Je suis en prépa, j’ai beaucoup de travail, mais je suis venu quand même. Il n’y a pas d’excuse pour ne pas venir. Si on ne vote pas, on va le regretter.»

Ilhem, 51 ans, a voté rue de Russie. «Je ne peux pas exprimer ce que je ressens. C’est un sentiment trop fort pour parler», explique-t-elle, les larmes aux yeux. «Avant, je votais mais ça ne comptait pas. Aujourd’hui, on a l’espoir que ce vote change tout.» Maintenant, elle va rentrer chez elle, et attendre les résultats, qui devraient être annoncés lundi.