Elections en Tunisie: Houda, Imed et Riadh, frères et sœur mais opposés politiquement

POLITIQUE Houda, Imed et Riadh sont frères et sœur, et très unis. Mais en matière de politique, ils ne sont pas du tout d'accord: tous vont choisir une liste différente lors de l'élection de dimanche...

Bérénice Dubuc

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Des Tunisiens jettent un oeil aux listes électorales, dans le centre de Tunis, le 22 ocotbre 2011.
Des Tunisiens jettent un oeil aux listes électorales, dans le centre de Tunis, le 22 ocotbre 2011. — L. LARBI / REUTERS

De notre envoyée spéciale en Tunisie

A Tunis, la politique n’est pas forcément une affaire de famille. Houda, Imed et Riadh sont frères et sœur. Si leur famille est très unie, tous n'ont pas les mêmes opinions politiques: chacun votera pour une liste différente, dimanche, pour l'élection des 217 membres de l'Assemblée constituante.

Ainsi, Imed, 40 ans, et qui travaille dans une agence de voyages, votera Ennahda. «Pourtant je ne suis pas pratiquant», précise-t-il. Jusqu’à la semaine dernière, il hésitait entre le Congrès pour la République, et Ennahda.

Il a finalement choisi le second, «convaincu par leur programme social et économique, mais aussi parce que c’est l’unique parti à être bien structuré, et à avoir des membres expérimentés». Il essaye, à force d’arguments, de convaincre son entourage. Il a ainsi rallié sa mère, Fatma, mais sa femme a choisi Ettakatol, le parti le plus moderne à ses yeux.

«En tant que femme tunisienne musulmane libérale, Ghannouchi me fait peur»

La sœur d'Imed, Houda, 38 ans, responsable des achats pour un groupe de sociétés textiles, ne votera pas non plus pour le parti de Rachid Ghannouchi. Jusqu’à jeudi, elle avait décidé de voter Ennahda, influencée par son frère aîné. Mais, les paroles de Ghannouchi et le double discours qu’il semble avoir, l’en ont dissuadée.

«Il ne m’inspire pas confiance. Et en tant que femme tunisienne musulmane libérale, il me fait peur.» Pourtant, elle semble plutôt d’accord avec les idées d’Ennahda. «C’est un des partis qui feront avancer le pays, et qui ne seront pas au pouvoir pour en profiter. Plusieurs présidents de partis, comme le PDP ou Ettakatol ont l’air de seulement vouloir le poste de président. Ca ne me plaît pas.»

Elle craint que «la Tunisie devienne l’Iran»

Les autres poids lourds de la scène politique tunisienne ne trouvent pas plus grâce à ses yeux: le Pôle démocratique moderniste est «bien trop libéral», notamment sur le mariage homosexuel, l’Afek et le Parti démocrate progressiste «travaillent pour les hommes d’affaires, pas pour la classe moyenne». Quant à Ennahda, Houda craint que, une fois les islamistes au pouvoir, «la Tunisie devienne l’Iran».

Alors, pour qui va-t-elle voter? «Pour Doustourna», un réseau qui, sur Internet, propose son propre projet de Constitution, participatif, et souhaite ensuite le faire approuver par référendum. «Ce sont les seuls à uniquement vouloir élaborer la Constitution.» Et son mari, va-t-il faire comme elle? «Il a décidé de ne pas aller voter, car aucun parti ni aucun leader politique ne l’a convaincu.»

«Un choix personnel que chacun doit faire selon ses propres convictions»

Elle ne sera pas la seule à voter pour une liste indépendante. Son autre frère, Riadh 36 ans, est avocat. Il se présente comme «un musulman de gauche», et a décidé de voter pour la liste menée par le juge Mokhtar Yahyaoui. «Je le connais. J’ai confiance en lui, et idéologiquement, j’adhère totalement à son programme: séparation des pouvoirs, libertés publiques, indépendance de la justice…»

Lui aussi tente de convaincre son entourage en discutant. Il est assez fier de préciser qu’il a réussi à faire changer d’avis l’un des amis d'Imed. «Je suis contre les partis politiques qui mélangent le laïc et le religieux. La religion ne doit pas être mélangée avec la politique, le prophète Mahomet lui-même l’a dit», explique-t-il.

«Une nouvelle époque pour la Tunisie»

Inutile de dire que, lorsque les deux frères discutent politique, les échanges sont vifs. «Aujourd’hui, c’est une nouvelle époque pour la Tunisie, tout le monde apprend. C’est pour ça qu’on en parle autant», explique Riadh.

Cependant, Imed souligne que s’ils tentent de convaincre des gens, il ne s’agit là d’un «choix personnel que chacun doit faire selon ses propres convictions. Même si Ennahda ne gagne pas dimanche, je serai content.»