Monde arabe: La mort de Kadhafi peut-elle déclencher une grande révolution?

MOYEN-ORIENT De nombreuses personnalités influentes du monde arabe estiment que la mort de Kadhafi doit servir d'avertissement aux autres dictateurs de la région...

Nicolas Bégasse avec Reuters

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Des manifestants montrent leurs mains aux couleurs de la Libye pré-Kadhafi, la Syrie et le Yémen, vendredi 21 octobre, lors d'une manifestation à Sanaa, au Yémen.
Des manifestants montrent leurs mains aux couleurs de la Libye pré-Kadhafi, la Syrie et le Yémen, vendredi 21 octobre, lors d'une manifestation à Sanaa, au Yémen. — REUTERS/STR New

Mouammar Kadhafi est tombé comme nul autre dictateur ne l’avait fait avant lui au cours du printemps arabe. Blessé, arrêté, bousculé –peut-être lynché?- par une foule ravie de le voir en sang. Filmé et exposé par ceux qui le combattaient depuis des mois, son corps est devenu dans les heures qui ont suivi son décès une attraction près de laquelle on se faisait photographier.

Cette extrême violence et la joie qui a parcouru le monde arabe à l’annonce du décès de l’ex-leader libyen pourraient avoir des conséquences sur les autres résistances en cours dans le Moyen-Orient. «C’est ton tour Bachar», ont scandé les manifestants dans plusieurs villes de Syrie ce vendredi, alors que les combats ont repris, mortellement réprimés par le régime de l’homme fort de Damas. «Le sort de Kadhafi doit servir de leçon aux présidents Bachar al Assad et Ali Saleh», a affirmé en Egypte un leader des Frères musulmans. «D’autres régimes dans la région doivent en tirer les conclusions», a encore déclaré un envoyé spécial de l’ONU en Libye.

Des réserves dans l’opinion arabe

Alors, à qui le tour? «Pour l’instant, il y a deux pays dans le monde arabe qui sont concernés: la Syrie et le Yémen», estime Karim Pakzad, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), contacté par 20Minutes. «Mais il y a aussi l’Iran –avec le mouvement vert, soutien de Mir Hossein Moussavi, actuellement placé sous résidence surveillée- et le Bahreïn, même si dans ce dernier, le mouvement de protestation ne demande que des réformes, pas un changement de régime.»

L’expert nuance toutefois l’impact de la mort de Kadhafi sur les populations arabes en général et celles de ces pays en particulier. «A part en Tunisie, voisine de la Libye, où les gens ont explosé de joie, il y a eu des réserves dans l’opinion arabe sur la façon, très violente, dont s’est passée la mort de Kadhafi.» Même si, au-delà de la manière, «sa mort en elle-même est importante», et si «les gens en Iran, en Syrie, au Yémen, sont heureux et contents.»

La Syrie et le Yémen «dans une situation de fin de régime»

On pourrait penser que, devant la violence des images qu’ils n’auront pas manqué de voir, les régimes autoritaires de la région réfléchissent avec appréhension à la forme que pourrait prendre leur propre fin, pour privilégier à terme le compromis à l’affrontement avec leur population. «C’est possible», admet Karim Pakzad. «Il peut arriver, par exemple au Bahreïn ou en Iran, que des réformes préventives soient menées, comme cela a eu lieu au Maroc. Mais en Syrie et au Yémen, c’est trop tard. Il y a cinq ou six mois peut-être, mais aujourd’hui c’est terminé, ces pays sont dans une situation de fin de régime.»

D’autres croient encore à une issue diplomatique dans les régimes autoritaires. Emar Gad, membre du Centre Al Ahram d’études politiques et stratégiques, estime que le destin de Kadhafi se traduira par «une pression accrue de la communauté internationale pour résoudre les conflits en Syrie et au Yémen». Il ajoute: «Cela montre que résister aux réformes transforme les demandes de réformes en demandes de renversement de régime».