Un graffiti sur le mur d'une ferme du Pays basque appelant à la fin de l'action militaire d'ETA, le 14 octobre 2011.
Un graffiti sur le mur d'une ferme du Pays basque appelant à la fin de l'action militaire d'ETA, le 14 octobre 2011. — V.WEST / REUTERS

INTERVIEW

Pays basque: «C'est une défaite militaire, mais une victoire politique»

Jean-Pierre Massias, spécialiste de la question basque, analyse pour «20Minutes» l'importance de la fin de la lutte armée, annoncée ce jeudi par ETA...

Le mouvement séparatiste basque ETA a annoncé ce jeudi la fin définitive de cinquante ans de lutte armée pour l'établissement d'un Etat basque indépendant, qualifiant cette annonce «d'historique» et considérant son engagement comme «clair, ferme et définitif». Pour Jean-Pierre Massias, professeur de droit à l’université de Clermont-Ferrand et spécialiste de la question basque, l’événement est «significatif» et pourrait bénéficier au mouvement indépendantiste.

Cette annonce était-elle attendue?
Oui, elle était très attendue, tout le monde savait qu’elle interviendrait cette semaine. Elle est extrêmement significative parce qu’elle clôt le cycle des communiqués d’ETA annonçant des trêves. C’est véritablement la fin de leur activité militaire.

Pourquoi une telle décision maintenant?
Elle a été imposée par les partis nationalistes de gauche et la pression forte de la base sociale d’ETA. Elle fait aussi écho à la conférence internationale de San Sebastian de lundi, à laquelle ont notamment participé Kofi Annan et Gerry Adams, qui a lancé un appel à la fin de la lutte armée. Le terrain était donc préparé, il n’y avait plus de violence militaire depuis deux ans et ETA avait compris que cela ne servait plus à rien. On est dans un cycle de transformation de la question basque.

Est-ce une victoire pour les gouvernements français et espagnol?
Chacun va tenter de capitaliser la victoire, expliquant qu’il s’agit du triomphe de la démocratie, mais la question, c’est, maintenant, qu’est-ce qu’on va faire? Il y a toujours un mouvement fort pour une plus grande autonomie et quand il n’y a plus de violence, c’est plus compliqué pour aller à son encontre. J’espère qu’il y aura en Espagne des hommes politiques suffisamment forts pour faire comme le général de Gaulle en Algérie. Toutes proportions gardées, on est un peu dans cette posture-là, avec une victoire militaire, mais pas politique.

Le mouvement indépendantiste basque n’est donc pas mort?
Au contraire, c’est celui qui rengaine le premier son arme qui met son adversaire dans une position moins confortable. Le soutien à l’indépendance est fort, le maire de San Sebastian est un indépendantiste de gauche, la lutte armée est terminée depuis longtemps, c’est un processus intellectuellement intéressant, une longue construction depuis deux ans. C’est donc une défaite militaire, mais une victoire politique. Cette stratégie d’ETA est très payante électoralement parlant et cette sortie du conflit pourrait entraîner un tsunami nationaliste dans les urnes.