Le Tchad rompt ses relations diplomatiques avec le Soudan

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Ces affrontements ont démarré vers 05H30 locales (04H30 GMT) à l'initiative de l'armée fidèle au président Idriss Deby Itno, qui a attaqué des positions rebelles à quelques kilomètres seulement des faubourgs de la capitale.
Ces affrontements ont démarré vers 05H30 locales (04H30 GMT) à l'initiative de l'armée fidèle au président Idriss Deby Itno, qui a attaqué des positions rebelles à quelques kilomètres seulement des faubourgs de la capitale. — Gérard Cerles AFP/Archives

Le président tchadien Idriss Deby Itno a annoncé vendredi la rupture des relations diplomatiques de son pays avec le Soudan, qu'il accuse de soutenir les rebelles du Front uni pour le changement (Fuc), lors d'une réunion publique à N'Djamena.
"A l'issue du conseil des ministres tenu ce matin, nous avons décidé la rupture unilatérale des relations avec le Soudan, qui continue d'armer des mercenaires contre le régime tchadien", a déclaré le président qui s'adressait à plusieurs centaines de personnes rassemblées devant son palais.
Après l'attaque menée jeudi par les rebelles du Fuc contre N'Djamena, le ministre tchadien des Affaires étrangères Ahmat Allami, en visite au Caire, avait dénoncé une "agression programmée à partir de Khartoum contre le Tchad".
Son collègue soudanais Lam Akol avait immédiatement démenti ces accusations. "Ce qui se passe au Tchad est une affaire interne et nous n'avons aucun lien avec cela", avait-il déclaré aux journalistes. 

Des soldats tchadiens ont été transportés jeudi soir et vendredi matin dans le sud du pays par avions français, à la demande de l'armée nationale tchadienne (ANT) qui fait face à une rébellion armée, a-t-on appris vendredi auprès du ministère français de la Défense.

Ce transport, a-t-on expliqué au ministère, a été fait dans le cadre du "soutien logistique accordé par la France au Tchad", les deux pays étant liés depuis 1976 par un accord de coopération militaire. La requête des autorités tchadiennes semble destinée à prévenir une possible offensive de forces rebelles dans cette zone.

Après une nuit calme, la capitale tchadienne avait retrouvé un visage presque habituel vendredi matin, mais avec une présence militaire toujours notable. Les commerces ont ouvert normalement leurs portes et les taxis ont repris possession des artères de la ville. Des soldats portant le ruban rouge des troupes loyalistes étaient toujours déployés dans plusieurs quartiers de la ville, notamment autour de la présidence de la République, mais en effectifs moins importants que la veille.

Depuis la fin des combats qui ont réveillé jeudi à l'aube les habitants de la capitale, les autorités tchadiennes n'ont pas cessé de célébrer leur victoire totale sur les rebelles, qui ne veulent voir, eux, dans la conclusion de la bataille de N'Djamena qu'un simple "repli tactique". Alors que les détonations des armes lourdes ne s'étaient pas encore tues, le président Idriss Deby Itno s'est lui-même chargé jeudi matin d'annoncer son triomphe. "Les colonnes de rebelles ont été entièrement détruites (...) la situation est entièrement sous contrôle", a-t-il déclaré en direct sur Radio France Internationale (RFI).

Quelques heures plus tard, son ministre de l'Administration du territoire Mahamat Ali Abdallah récidivait sur les marches de l'Assemblée nationale, avec à ses pieds une dizaine de rebelles morts ou blessés. Et en soirée, les autorités ont présenté à la foule, devant la présidence, des dizaines de prisonniers et du matériel saisi aux rebelles. Sur un ton toujours aussi affirmatif, le ministre de la Défense Bichara Issa Djadallah a annoncé vendredi que les combats de jeudi dans la ville d'Adré, à 800 km à l'est de N'Djamena sur la frontière soudanaise, avaient fait 150 morts, 200 blessés et 200 prisonniers dans les rangs du Fuc. "C'est fini, leur compte est déjà réglé", a-t-il déclaré sur RFI.

Le bilan provisoire de la bataille d'Adré livré par des sources humanitaires était nettement moins avantageux pour l'armée tchadienne. Jeudi soir, 5 morts et une soixantaine de blessés avaient été recensés à l'hôpital de la ville, dont une large majorité de soldats "loyalistes". Interrogé sur RFI, un porte-parole du Fuc en Europe a démenti la débâcle annoncée par N'Djamena. "Pour le moment effectivement il y a une accalmie, mais cela ne veut pas dire que nous ne sommes pas à portée de N'Djamena. C'est un repli tactique", a déclaré Abdel Maname Mahamat Khattat. De fait, aucune information indépendante n'était disponible sur la situation militaire à l'intérieur du pays, notamment sur les éventuelles positions conservées par les rebelles le long de leur périple vers N'Djamena.

Signe que le climat est toujours lourd, des sources humanitaires ont fait état jeudi soir d'une "grande tension" dans les rues d'Abéché, à 700 km à l'est de N'Djamena, quadrillée par de nombreuses troupes. "Les rebelles ont peut-être été un peu présomptueux en s'attaquant à N'Djamena", a commenté un diplomate sous couvert de l'anonymat, "mais ils peuvent se réorganiser et reprendre le combat". Après avoir défait une autre rébellion, celle du Socle pour le changement, l'unité et la démocratie (Scud), dans l'extrême est du pays, le président Deby avait déjà annoncé le 23 mars de façon très péremptoire avoir "mis un terme à tous les désordres".

"Je dis que c'est la fin de toutes les aventures", avait-il insisté. A peine trois semaines plus tard, les rebelles du Fuc sont parvenus en quatre jours jusqu'aux portes de N'Djamena...