Les Etats-Unis accusent l'Iran de complot d'assassinat

TERRORISME L'Iran aurait prévu d'assassiner l'ambassadeur d'Arabie Saoudite à Washington et fomenté des attentats contre les ambassades israélienne et saoudienne...

P.B. avec Reuters

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L'ambassadeur de l'Arabie Saoudite aux Etats-Unis, Adel al-Jubeir, ici photographié en 2003.
L'ambassadeur de l'Arabie Saoudite aux Etats-Unis, Adel al-Jubeir, ici photographié en 2003. — S.WALSH/AP/SIPA

Téhéran a-t-il cherché à commettre des attentats sur sur le sol américain? Mardi, les Etats-Unis ont accusé le gouvernement iranien d'être impliqué dans un projet d'assassinat de l'ambassadeur saoudien à Washington. Si le scénario est digne d'Hollywood, les conséquences, elles, sont des plus sérieuses. Le point.

Ce que dit Washington

Les autorités américaines accusent deux Iraniens, dont l'un est naturalisé américain, d'avoir fomenté des attentats contre les ambassades israélienne et saoudienne à Washington ainsi que l'assassinat de l'ambassadeur saoudien. Une plainte a été déposée devant un tribunal fédéral de New York contre ces deux hommes, Mansour Arbabsiar, qui a été arrêté le 29 septembre en transit à New York, et Gholam Chakouri, qui se trouverait en Iran.

Arbabsiar, qui a coopéré avec les autorités américaines et a été présenté mardi à un juge de Manhattan, a reconnu l'existence d'un complot et fourni des informations sur l'implication du gouvernement iranien, a précisé l'Attorney General (ministre de la Justice) Eric Holder.

Le projet d'assassinat a été conçu, financé et dirigé depuis l'Iran, a ajouté Holder, impliquant des éléments haut placés du régime iranien. Pour l'heure, Washington ne sait pas si les ordres remontent jusqu'à Mahmoud Ahmadinejad ou au guide suprême Khamenei.

Pour Hillary Clinton, la secrétaire américaine d'Etat, le régime iranien est pris «en violation flagrante des règles internationales». «Ce que tout le monde apprend, c'est que nul n'est à l'abri des Iraniens. Ils ont leur propre logique, leur propre manière de penser le monde et la place qu'ils y occupent et ils se battent avec tout le monde pour de l'influence», a-t-elle déclaré dans une interview accordée à l'agence Reuters. «Cette affaire va, je crois, renforcer les soupçons bien étayés que de nombreux pays nourrissent à leur égard», a-t-elle ajouté.

Ce que dit Téhéran

Les autorités iraniennes démentent «catégoriquement ces allégations fausses et sans fondement», selon les termes du porte-parole du ministère des Affaires étrangères. Pour Ramin Mehmanparast, il s'agit «d'un scénario monté de toutes pièces» chargé de distraire l'attention du public américain des problèmes domestiques.

«Nos relations avec Ryad sont fondées sur un respect mutuel et de telles affirmations sans fondement n'auront pas aucun succès», a-t-il ajouté. Mais à Ryad, un responsable du gouvernement saoudien a prévenu qu'«à la suite de cet incident, de nombreuses personnes dans le royaume vont s'attendre à ce que le royaume prenne des mesures, au moins le rappel de l'ambassadeur saoudien en Iran». En effet le diplomate visé par le complot est l'un des protégés du roi Abdallah.

Un complot piloté par les gardiens de la révolution?

D'après les autorités américaines, le complot aurait été piloté par les Pasdaran, les gardiens de la révolution, pilier du régime iranien, et leur branche opérationnelle, la force Al Qods. «Des officiels haut placés dans ces agences, qui sont partie intégrante du gouvernement iranien, étaient responsables de ce complot», a précisé Eric Holder, l'Attorney General. Les autorités américaines soulignent que l'ambassadeur saoudien, proche du roi Abdallah en poste à Washington depuis 2007, n'a jamais été en danger et que Barack Obama a été informé dès le mois de juin de ce complot présumé.

La taupe américaine infiltrée dans un cartel mexicain

Arbabsiar ne comptait pas mener directement l'attaque, selon les éléments rendus publics. L'alerte a été lancé en mai dernier lorsqu'il est entré en contact avec des narcotrafiquants mexicains pour les embaucher. Selon les experts, il s'agit d'une technique pour couvrir ses traces. Manque de chance pour lui, son interlocuteur était en fait un informateur clandestin de la DEA, l'agence fédérale des Etats-Unis de lutte contre la drogue.

Cette source confidentielle a aussitôt prévenu ses officiers traitants, indiquant qu'Arbabsiar lui avait versé 100.000 dollars en acompte d'un paiement total de 1,5 million de dollars. En échange, le Mexicain devait organiser l'assassinat de l'ambassadeur saoudien.

Arbabsiar a été arrêté en transit à l'aéroport JFK de New York le 29 septembre. Il aurait alors accepté de coopérer avec les autorités américaines et téléphoné sous leur contrôle à Gholam Chakouri, que Washington présente comme un membre de la force Al Qods. Ignorant tout de l'arrestation d'Arbabsiar, ce dernier lui aurait donné le feu vert pour mettre le projet à exécution.