La Syrie accuse les médias et les pays voisins d'entretenir l'agitation

Reuters

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La Syrie a accusé ce vendredi des puissances étrangères d'armer les manifestants antigouvernementaux et les médias de mener une guerre de propagande contre le régime du président Bachar al Assad.

Le vice-ministre des Affaires étrangères, Faisal Mekdad, a formulé ces accusations, tout en affirmant que Damas poursuivrait ses réformes, devant le Conseil des droits de l'homme de l'Onu dans le cadre des examens réguliers que l'organisation de Genève consacre à tous ses Etats membres.

Plus de 1.100 membres des forces de sécurité avaient été tués depuis le début du soulèvement à la mi-mars, a-t-il dit. Le précédent bilan des autorités était de 700 morts.

La veille, Navi Pillay, haut commissaire de l'Onu pour les droits de l'homme, avait déclaré que plus de 2.900 personnes avaient été tuées en Syrie depuis le début des manifestations pour la démocratie.

Un porte-parole des Nations unies a précisé vendredi que des membres des forces de sécurité figuraient parmi ces personnes décédées, alors que les forces loyalistes sont soupçonnées de tuer les soldats qui refusent de tirer sur les manifestants.

Les ambassadeurs de Grande-Bretagne, de France et des Etats-Unis ont pris tour à tour la parole pour réclamer à la Syrie l'arrêt des exécutions, des arrestations arbitraires, des actes de torture et des disparitions forcées.

Faisal Mekdad a répondu: «Le gouvernement de Syrie va continuer à oeuvrer au renforcement des droits de l'homme afin d'établir une société démocratique respectueuse de l'état de droit conformément aux aspirations du peuple».

Pour aussitôt ajouter: «Nous sommes confrontés dans notre région à l'hégémonie de l'Occident et des Etats-Unis et de leur protégé israélien. (...) La Syrie est aujourd'hui la cible de menaces terroristes».

«Les membres des forces de sécurité sont devenus des martyrs. Plus de 1.100 d'entre eux ont été tués par les terroristes qui sont armés par certains de nos pays voisins. Nous avons vu des cadavres des membres de nos forces de sécurité découpés et jetés à l'eau. Pouvons-nous accepter ça ?»

Répression meutrière

Faisal Mekdad a également affirmé que les populations civiles n'avaient pas subi de bombardements et que les chars n'étaient déployés que dans le but de protéger les forces de sécurité.

Un dialogue global est en cours, avec un calendrier clair, a ajouté le vice-ministre. Des élections municipales auront lieu en décembre et des législatives en février «une fois que les partis politiques seront constitués selon les nouvelles règles».

L'examen de la situation en Syrie par les 47 membres du Conseil s'est étendu pendant trois heures. Betty King, la représentante des Etats-Unis auprès des Nations unies à Genève, a condamné «avec la plus grande force les flagrantes violations des droits de l'homme» par la Syrie et la «répression meurtrière de manifestations pacifiques».

«Un gouvernement qui choisit de gouverner par la terreur et l'intimidation ne peut être considéré comme légitime et doit s'effacer immédiatement», a-t-elle ajouté. Ces propos ont suscité les protestations de la délégation cubaine, qui a estimé qu'ils n'avaient pas leur place au sein du forum de Genève et que c'était au peuple souverain syrien de choisir son dirigeant.

L'Iran et la Russie ont joint leurs voix à celle de Cuba pour saluer les réformes annoncées par Bachar el-Assad, parmi lesquelles la levée d'une loi d'urgence et la tenue d'élections locales en décembre. Moscou et Pékin ont opposé leur veto, mardi dernier, à une résolution du Conseil de sécurité condamnant la répression en Syrie. ( )

Le forum de Genève a de son côté lancé le mois dernier une commission d'enquête internationale sur de présumés crimes contre l'humanité, y compris des meurtres de masse qui auraient été commis par les forces de sécurité, selon les premières conclusions des Nations unies.

Le Brésilien Sergio Pinheiro, qui dirige la nouvelle commission d'enquête de trois membres, attend l'autorisation d'entrer en Syrie. Il espérait rencontrer cette semaine à Genève de hauts responsables syriens à ce sujet. «Nous sommes en mode attentiste mais ma patience est limitée», a déclaré Sergio Pinheiro, dont la commission doit rendre son rapport d'ici la fin novembre.