Crise en Allemagne: «A Berlin, on est habitué à la crise»

REPORTAGE «20Minutes» est allé prendre le pouls d'un continent en crise. Aujourd'hui, l'Allemagne...

envoyée spéciale à Berlin, faustine Vincent

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Dans le quartier des affaires de Potsdamer, à Berlin, certains craignent pour leurs économies placées à la banque.
Dans le quartier des affaires de Potsdamer, à Berlin, certains craignent pour leurs économies placées à la banque. — F. VINCENT / 20 MINUTES

Vue de Berlin, la crise de la dette qui fait trembler l'Europe semble doublement abstraite. D'abord parce que, malgré la flambée de l‘immobilier, la capitale allemande reste une ville pauvre. Dénuée d'industries, plombée par une dette faramineuse de 60 milliards d'euros, le chômage y avoisine les 14 %, le double de la moyenne nationale. Carmen, quadragénaire qui tient une boutique de fripes, se montre donc plutôt sereine. « Je n'ai pas d'économies et on est habitué à la précarité. Alors je n'ai pas peur de la crise : ici, on vit avec depuis des années ! On saura s'adapter quoi qu'il arrive », assure-t-elle.


Surtout, la crise de la dette a, pour l'heure, épargné l'économie allemande, malgré un ralentissement au deuxième trimestre et une perspective de croissance plus faible l'an prochain. Encore florissante, la première économie européenne, dépendant à 60 % de ses exportations, détonne dans un paysage européen largement affecté. Pragmatique, Katerin Neumeier, employée de la banque Mercedes-Benz, se déclare ainsi « confiante pour son entreprise et pour [elle-même]. Nos structures économiques seront sans doute un peu touchées, mais nous sommes tournés vers le marché mondial, pas seulement vers l'Europe, donc, ça limitera l'impact. »
D'autres se montrent moins optimistes. Klaus Pohl, consultant dans les technologies de l'information, avoue avoir « l'impression d'être comme un lapin face à un serpent ». « J'ai peur de la crise et que mes économies placées à la banque s'envolent », lâche-t-il lors de sa pause déjeuner dans le quartier des affaires de Potsdamer. Pour l'heure, ce père de deux enfants reconnaît qu'il ne ressent « aucun impact ». « Mais les nouvelles, les politiques et les taux changent tous les jours ! », s'inquiète-t-il.
S'il exclut de « laisser tomber » la Grèce, dont le sort dépendait du soutien de Berlin au plan d'aide voté jeudi dernier, d'autres se montrent plus virulents, à l'image de Wolfram Wöhr. Comme les trois quarts de la population, cet architecte ne supporte pas l'idée de devoir payer pour un pays jugé laxiste, alors que les Allemands eux-mêmes ont fait des sacrifices il y a dix ans pour redresser leur économie. « Les Grecs ont ruiné leur pays, assène-t-il. Ils ne travaillent pas assez. Et puisqu'ils ne veulent faire aucun effort, ils n'ont qu'à avoir leur propre monnaie ! »
L'hostilité se focalise aussi de plus en plus sur l'euro, accusé de mille maux. Seuls 48 % des Allemands sont aujourd'hui en faveur de la monnaie unique européenne. Boris Graef, qui vit d'aides sociales et de petits boulots dans le quartier défavorisé de Neuköln, rêve lui aussi d'un retour au deutschmark (DM). Cet homme de 47 ans, qui traîne avec deux amis aux abords du métro, se dit dépassé par la hausse des prix depuis l'arrivée de la monnaie unique. « La bière coûtait 1 DM. Aujourd'hui, c'est 1 € ! », se plaint-il. Mais sa plus grande crainte, c'est que le système social allemand s'effondre. « Si ça continue, ça va être comme au Etats-Unis : si t'es malade, t'auras rien, aucune aide ! »
Les plus inquiets tentent déjà de parer au pire en investissant leurs économies – quand ils en ont – dans la pierre. Prudent, Michael, développeur dans le secteur des médias, a ainsi décidé d'acheter un appartement avec son amie plutôt que de louer. « C'est mieux que de laisser son argent à la banque, juge-t-il. Au cas où elle ferait faillite. »