Massacre de Katyn: La Russie devant la Cour européenne des droits de l'Homme

Reuters
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La difficile reconnaissance par la Russie du massacre de Katyn, où près de 22.000 officiers polonais ont été exécutés par l'armée soviétique en 1940, a été mise en cause ce jeudi à Strasbourg devant la Cour européenne des droits de l'homme. Les faits, commis avant l'entrée en vigueur de la Convention européenne des droits de l'homme (CEDH), au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, et avant sa ratification par la Russie, en mai 1998, n'engagent pas, en eux-mêmes, la responsabilité de l'actuelle Russie.

Les descendants de douze des victimes accusent en revanche Moscou de violation du «droit à la vie» pour s'être refusé à mener une «enquête effective» sur des faits dont les conséquences, en termes de souffrance pour les familles, restent d'actualité, selon eux. «En termes de droit international, le crime de Katyn était imprescriptible», a souligné leur avocat, Irénée Kaminski. «L'absence d'enquête effective peut être considéré comme un acte de dédain à l'égard des victimes et de leurs parents survivants», a-t-il ajouté.

Le représentant de la Russie, Guéorgui Matiouchkine, a repoussé ces arguments en rappelant qu'une procédure pénale avait bien été ouverte par la Russie en 1990 et clôturée en 2004. Ses conclusions ont toutefois été classées secret d'Etat. La Cour de Strasbourg rendra son arrêt d'ici quelques mois.

Pendant près de cinquante ans, Moscou avait accusé les nazis d'avoir massacré les officiers polonais. Il a fallu attendre 1990 pour que le dernier dirigeant de l'URSS, Mikhaïl Gorbatchev, admette la responsabilité du NKVD, la police secrète soviétique, sans toutefois mettre nommément en cause Staline, au pouvoir à l'époque des faits. La Douma d'Etat, la chambre basse du Parlement russe, a adopté en novembre 2010 une résolution selon laquelle les documents conservés dans les archives secrètes du Kremlin prouvent que Staline a bien ordonné personnellement ce massacre.