« Je réclame le droit d'exprimer mes idées »

©2006 20 minutes

— 

Erol Katircioglu

Editorialiste turc de Radikal

(quotidien intellectuel de gauche).

Il est poursuivi pour « insulte aux autorités judiciaires turques » après avoir dénoncé l'interdiction d'une conférence sur les Arméniens.

Vous comparaissez aujourd'hui, à Istanbul, pour avoir critiqué, avec quatre autres éditorialistes turcs, une décision de justice qui interdit la tenue d'une conférence

universitaire sur les Arméniens

à la fin de l'Empire ottoman...

Une cour de justice ne devrait pas pouvoir annuler une conférence universitaire. Dans mon édito de l'époque, j'ai donc écrit que cette décision est stupide et indigne de notre système démocratique.

Qu'attendez-vous de ce procès ?

Mon intention n'était pas d'enfreindre la loi mais je réclame le droit d'exprimer mes idées, mes opinions. Et je pense que le juge va abandonner les poursuites.

Comme vous ou l'écrivain Orhan Pamuk, des dizaines d'intellectuels turcs qui osent parler de la question kurde ou du génocide arménien se retrouvent devant les tribunaux. Cela vous inquiète-t-il ?

Les nationalistes qui mènent cette campagne de procès n'ont ni pouvoir ni soutien. C'est de l'intimidation. Mais ils appartiennent au passé. Si nous avions été dans les années 1970, on nous aurait emprisonnés et torturés. Aujourd'hui, les choses changent, grâce aux réformes entreprises pour entrer dans l'Union européenne. Ces gens tentent de faire obstacle à la marche de la Turquie vers l'Europe, mais le vent du changement est trop fort.

Recueilli par Guillaume Perrier,

à Istanbul (Turquie)