Chine: L'épouse d'Ai Weiwei contre le durcissement de la mise au secret

Reuters

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L'épouse de l'artiste dissident chinois Ai Weiwei, dont l'emprisonnement a soulevé un tollé international, a exhorté les parlementaires à rejeter un projet de loi qui permettrait à la police de placer des dissidents dans des lieux secrets sans en informer leur famille.

Des groupes de défense des droits de l'homme se sont élevés contre ce projet d'amendement du Code pénal chinois, estimant qu'il pourrait amener les autorités à aller au-delà des pratiques en cours en ce qui concerne le placement au secret.

«Si ces mesures sont adoptées, il en résultera une régression du système judiciaire de la Chine et une dégradation des droits de l'homme», écrit Lu Qing dans une lettre au comité permanent de l'Assemblée populaire nationale dont une copie est publiée sur le compte Google Plus de l'épouse d'Ai Weiwei.

«(Quand) un citoyen est emmené par un organe de la sécurité publique, un avis adressé aux membres de sa famille répond au droit le plus élémentaire», souligne-t-elle en disant avoir écrit sa lettre après que le parlement eut invité les citoyens à commenter le projet d'amendement.

Accusations du pouvoir

Ai Weiwei, qui a passé 81 jours en détention cette année, a été libéré fin juin après avoir été arrêté à l'aéroport de Pékin et placé ensuite en deux endroits tenus secrets. Dans sa lettre, Lu note que la famille n'a toujours reçu aucun avis officiel au sujet de sa détention. Selon les proches de l'artiste, connu pour sa contribution au Stade olympique «Nid d'oiseau» de Pékin, il a été pris pour cible parce qu'il avait dénoncé la censure et les modes de contrôle exercés par le Parti communiste chinois.

Interrogé sur la lettre de Lu, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Hong Lei, a déclaré : «Je crois que certaines personnes devraient mieux respecter la Constitution et la législation chinoises». Il n'a donné aucune précision.

Fin août, dans sa première attaque en règle contre Pékin depuis sa libération sous caution, Ai Weiwei avait accusé les autorités - dans un texte publié par Newsweek - de priver la population de ses droits fondamentaux. En vertu des conditions de sa remise en liberté, il n'est pas autorisé à donner des interviews aux journalistes ni à utiliser internet.

Selon le projet d'amendement révélé fin aoât par l'Assemblée populaire nationale, les personnes soupçonnées de délits et celles qui sont placées en résidence surveillée doivent dans la plupart des cas rester chez elles. En revanche, celles qui sont accusées de délits politiques tels que des atteintes à la sécurité, des actes de terrorisme ou des faits de corruption graves peuvent être placées hors des centres de détention habituels.