Les Libanais, les yeux braqués sur le voisin

envoyé spécial à Beyrouth, Matthieu goar

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Mgr Béchara Raï, lors de son élection à Bkerké, le 15 mars 2011.
Mgr Béchara Raï, lors de son élection à Bkerké, le 15 mars 2011. — B. HUSSEIN / AP / SIPA

«Al-Assad signifie “le lion”. Nous, notre objectif, c'est de transformer le lion en petit chien inoffensif », explique Ali. Comme des milliers de Syriens, opposants ou non, cet homme d'une quarantaine d'années vit à Beyrouth (Liban), où il sillonne la ville avec sa voiture personnelle transformée en taxi. Toutes les nuits, il parle des événements en Syrie à ses clients. Depuis le début de la répression, le 15 mars, les Libanais ont les yeux braqués sur la lutte des opposants à Bachar al-Assad. Avec espoir et crainte. Car ces affrontements violents, qui ont fait déjà plus de 2 700 morts, selon l'ONU, pourraient entraîner une déstabilisation de la zone. « Pour schématiser, la grande majorité des Libanais se réjouit que le régime d'Al-Assad soit malmené, estime Joseph Bahout, professeur à Sciences-Po Paris et spécialiste de la région. Mais, si la Syrie s'engage dans une longue guerre civile, le Liban va s'y engouffrer. »

Le débat s'envenime
Les deux pays sont liés par une longue histoire. Longtemps en guerre avec son voisin, puis sous tutelle syrienne, le Liban a attendu 2005 pour voir l'armée d'Al-Assad quitter son territoire, après une série d'attentats, notamment celui qui a coûté la vie à l'ex-Premier ministre, Rafic Hariri. Les implications syriennes dans cet assassinat, qui avait poussé les Libanais dans la rue, sont étudiées par le Tribunal spécial pour le Liban, qui devrait siéger en octobre. Ce qui pourrait encore compliquer la situation. Dans ce contexte, la Syrie envenime le débat politique libanais. D'un côté, le Hezbollah, parti chiite et soutien du régime syrien ; de l'autre, l'Alliance du 14-Mars, avec le Courant du futur dirigé par le député sunnite Saad Hariri. Les chrétiens maronites restent dans l'expectative. Les déclarations de Mgr Béchara Raï, leur patriarche (« J'aurais aimé qu'on donne plus de chances à M. Al-Assad pour faire les réformes politiques »), ont ainsi créé la polémique. « Même autochtones, les chrétiens se sentent sur un siège éjectable dans cette région et craignent, de façon parfois névrotique, que la chute d'Al-Assad n'entraîne une révolution islamiste », conclut Joseph Bahout.