Marc Lazar : « Une campagne électorale de faible niveau »

— 

Trois questions à Marc Lazar, directeur de l’école doctorale de Sciences-Po et auteur de « L’Italie à la dérive », Perrin, 2006

Qu'avez-vous pensé de la campagne électorale italienne et notamment des dérapages de Berlusconi ?

C’était une campagne de faible niveau qui s’est jouée à la télévision, comme jamais auparavant. C’est sur ce média que s’est jouée la confrontation entre les deux principaux candidats, il y a eu peu d’affiches électorales. Du côté Prodi, le centre-gauche a joué la carte du sérieux, de la rigueur, du rassemblement. Du côté Berlusconi, la droite a essayé de renouer avec ce qui était à l’origine du succès du Cavaliere en 1994 et en 2001. Le Premier ministre a tenté de se donner une image d’antipolitique, de leader différent des autres. D’où ses nombreux dérapages qui sont le fruit de sa stratégie mais qui prouvent aussi qu’il a des nerfs fragiles.

Quel a été, selon vous, l'enjeu majeur des législatives ?

Relancer l’économie italienne dont le taux de croissance en 2005 est proche de 0%. L’Italie est en effet en crise : la dette et le déficit publics sont importants, les entreprises souffrent d’une forte baisse de compétitivité et les universités ne sont plus attractives. Berlusconi explique que si ça va mal, c’est la faute des communistes et promet de baisser les impôts et de jouer ainsi sur la demande. Prodi, lui, s’engage à assainir la situation des finances publiques et à relancer la recherche et le développement. Le centre-gauche accepte la souplesse du marché public tout en souhaitant lutter contre la précarité. Bref, la question centrale aujourd’hui en Italie est de savoir si le pays, en déclin, peut se relancer économiquement.

Quels éléments peuvent faire pencher la balance en faveur de l'un ou l'autre des candidats ?

Cette élection est de type référendaire. La question de fond, c’est de savoir si, oui ou non, les Italiens veulent garder Berlusconi. Ceux qui voteront en faveur de Prodi voteront avant tout contre l’actuel Premier ministre. Et il y a aujourd’hui deux Italies : celle qui aime bien le côté rentre-dedans de Berlusconi et celle qui est choquée. Dans le camp des anti se trouvent les salariés du public et du privé qui avaient pourtant voté pour la droite en 2001. L’Italie du sud bascule également vers le centre-gauche. Dans l’autre camp se trouvent la masse des 4,5 millions de dirigeants de PME, les professions libérales, les artisans et les commerçants qui ont profité de la politique relativement libérale du chef du gouvernement. La Lombardie et la Vénétie sont aussi de véritables réservoirs de voix pour Forza Italia. L’inconnu reste le vote des populations peu politisées et de faible niveau d’instruction. Avec un risque majeur : qu’elles soient tentées par l’abstention.

Propos recueillis par Alexandre Sulzer