Passe d'armes entre la Russie et la Géorgie à Strasbourg

Reuters
— 

La Russie et la Géorgie se sont  renvoyé la balle jeudi devant la Cour européenne des droits de l'homme  sur leurs responsabilités dans le conflit qui les a opposées en août  2008 en Ossétie du sud, une région séparatiste de Géorgie.

Le gouvernement de Tbilissi, à l'origine de la requête, accuse les  forces de Moscou d'avoir commis des crimes de guerre et des atteintes  aux biens lorsqu'elles sont intervenues en soutien des Ossètes mais  aussi en Abkhazie, autre région sécessionniste de Géorgie.

Il invoque les «milliers de Géorgiens» forcés par le conflit de  quitter leurs foyers et le cas de «plus de 160» civils et militaires  géorgiens qui auraient été illégalement détenus et maltraités, voire  torturés par les forces russes.

La Russie a nié ces accusations et invoqué l'irrecevabilité de la  plainte, s'agissant de faits commis sur un territoire qui échappe, selon  elle, à sa juridiction. Son ministre adjoint de la Justice, Guéorgui Matiouchkine, a rappelé  que la Géorgie avait elle-même déclenché la guerre en attaquant  Tskhinvali (chef-lieu de l'Ossétie du Sud) avec de l'artillerie lourde  le 7 aoât 2008. 

Environ 2.000 plaintes individuelles

«Si la Géorgie n'avait pas violé le principe de non recours à la  force pour régler les conflits tel qu'il est prévu dans la Charte des  Nations unies, il n'y aurait eu aucune violence dans les territoires  d'Ossétie et d'Abkhazie", a-t-il affirmé. «Il s'agissait d'une opération militaire licite régie par le droit  de la guerre», a poursuivi Michael Swainston, l'un des avocats de  Moscou.

La Géorgie a au contraire dénoncé le contrôle de fait exercé par  Moscou sur les autorités locales et son refus d'enquêter sur les  exactions commises par ses soldats. «Il y a une culture d'impunité ancrée en Fédération de Russie  vis-à-vis de ses forces armées», a soutenu l'un des avocats de Tbilissi,  Ben Emmerson.

La Cour européenne des droits de l'homme rendra son arrêt à une date ultérieure. Un rapport d'enquête international publié le 30 septembre 2009 sous  l'égide de l'Union européenne avait renvoyé dos à dos les deux parties.

Le document affirmait que les hostilités avaient été déclenchées par  l'attaque injustifiée de la Géorgie contre l'Ossétie du sud mais que la  riposte russe, d'abord légale, avait ensuite «dépassé les limites du  raisonnable en terme d'autodéfense». Le conflit aurait fait en cinq jours plus de 640 morts dont 390  civils et contraint plus de 1000.000 personnes à quitter leurs foyers,  selon ce rapport d'enquête.

Outre la plainte de la Géorgie contre Moscou, la Cour de Strasbourg  est saisie de quelque 2.000 plaintes individuelles visant les deux pays,  individuellement ou conjointement, pour les atteintes aux droits  fondamentaux commises durant cette courte guerre.