"Il professore" joue de son sérieux

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Romano Prodi, candidat de la gauche unie

« Prodi ? Berlusconi est tellement présent qu’on ne le connaît pas », admet Julie, une Française installée depuis longtemps à Rome. Ses opposants reprochent au candidat de la gauche unie d’être fade. L’intéressé, lui, se compare à «un diesel : j’avance tranquillement, en croyant en la force de la démocratie».
Romano Prodi, 66 ans, catholique et progressiste,
tient à se démarquer de son rival, excessif en tout. Né près de Bologne, bastion de la gauche, Prodi a fait campagne en jouant de son statut de«Professeur », surnom hérité de sa nomination à la chaire d’économie d’Harvard. En 1978, il fait son entrée en
politique comme ministre de l’Industrie.Ce n’est que dix-huit ans plus tard qu’il bat un certain Silvio Berlusconi et prend les rênes de la coalition de centre-gauche.Gestionnaire pragmatique, il réussit lamise en circulation de l’euro mais, lâché par les communistes, il cède son fauteuil en 1998. Il part alors diriger la Commission européenne et s’offre, durant cinq ans,
une stature internationale. Mais sa prestation ne convainc pas. Le Financial Times évoque à l’époque «les deux Prodi : le très inefficace président de la Commission et le très respecté homme d’Etat italien».

De son austérité, l’homme aux yeux rieurs cachés derrière ses lunettes a fait unargument pour redresser l’économie. Homme sans parti, il s’est découvert des qualités de rassembleur : quatre millions d’Italiens l’ont désigné candidat de la gauche en octobre. Une première en Europe. Le «Professore » l’a compris, son manque de charisme pourrait devenir un atout pour les Italiens, excédés par cinq ans de Berlusconisme.

Camille Langlade