Les Italiens indécis à trois jours du vote

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Romano Prodi s'est rapidement détendu et s'est permis plusieurs piques. "Après cinq ans de gouvernement, vous parlez comme un opposant", a-t-il lancé à son rival qui dénonçait l'héritage légué par la gauche à son retour au pouvoir en 2001.
Romano Prodi s'est rapidement détendu et s'est permis plusieurs piques. "Après cinq ans de gouvernement, vous parlez comme un opposant", a-t-il lancé à son rival qui dénonçait l'héritage légué par la gauche à son retour au pouvoir en 2001. — AFP/Raï

Rome (Italie), de notre correspondante

Les élections parlementaires des 9 et 10 avril ont comme un air de déjà-vu en Italie. En 1996, Romano Prodi, leader de la gauche, l'avait emporté sur son rival Silvio Berlusconi. Dix ans plus tard, le leader de Forza Italia brigue un second mandat, après cinq ans au pouvoir. Les derniers sondages donnent 3 à 5 points d'avance à la gauche, mais un Italien sur quatre reste indécis.

Un jeune couple, originaire de Calabre, une région du sud de l'Italie frappée de plein fouet par la crise économique, garde un goût amer de l'ère Berlusconi. « Nous avons cru en lui, explique Fabrizio. Il représentait un souffle nouveau, mais il n'a rien fait contre le chômage et la montée des prix avec l'arrivée de l'euro. » Sa femme Laura ajoute : « S'ils avaient choisi un leader plus jeune, j'aurais voté à droite, mais finalement, je crois que je vais m'abstenir. » Le duel télévisé de lundi soir, suivi par quatre millions de téléspectateurs de moins que le précédent, n'a sans doute pas convaincu les plus hésitants. Les électeurs se sont lassés d'une campagne âpre, émaillée d'attaques personnelles et d'insultes. Il y a deux jours, Berlusconi n'a pas hésité à traiter les électeurs de gauche de « couillons, qui votent contre leur propre intérêt ». La croissance zéro en 2005 et la longévité de Berlusconi à la tête du pays risquent de transformer le scrutin en plébiscite pour ou contre le président du Conseil, qui a multiplié les promesses populistes.

Au fil de la campagne, le clan des anti-Berlusconi a gagné des partisans. Les intellectuels d'abord. Dans son dernier film, Le Caïman, le cinéaste Nanni Moretti montre un Berlusconi aux prises avec les juges. Umberto Eco, auteur du Nom de la rose, s'est juré de quitter le pays en cas de victoire de la droite. Plus surprenante est la défection des patrons. Menés par le PDG de Ferrari, Luca Cordero di Montezemolo, ils se sont rangés du côté de la gauche, mettant en cause la gestion de l'homme d'affaires le plus célèbre de la péninsule.

Camille Langlade