Lampedusa: une douzaine de blessés lors de heurts entre police et Tunisiens

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Des heurts entre des policiers anti-émeutes et quelques centaines d'immigrés tunisiens qui manifestaient mercredi dans la petite île italienne de Lampedusa contre leurs conditions d'accueil ont fait une douzaine de blessés, ont indiqué les médias italiens.

Des policiers équipés de casques et de boucliers ont matraqué des immigrés qui se sont lancés d'une hauteur de 3-4 mètres dans une cour pour échapper aux coups, selon des images de la chaîne d'information en continu Sky TG-24.

Selon l'agence Ansa, trois membres des forces de l'ordre ont été blessés ainsi qu'une dizaine de manifestants tunisiens.

La tension a grimpé ces derniers jours sur la petite île avec la présence de plus d'un millier d'immigrés tunisiens qui souhaitent être transférés dans des centres d'accueil en Italie mais devraient plutôt être rapatriés, en vertu d'un accord signé entre Tunis et Rome.

Un groupe d'entre eux a provoqué mardi après-midi un incendie qui a détruit trois bâtiments du centre d'accueil local. La tension a continué à grimper mercredi dans la matinée quand quelque 300 immigrés tunisiens ont défilé dans les rues de Lampedusa aux cris de "liberté, liberté".

Les habitants de Lampedusa, excédés par la présence des immigrés, ont attaqué deux équipes de télévision, l'une de la chaîne publique RAI, l'autre de Sky TG-24, a ajouté Ansa. Par la suite, ils ont pris à partie plusieurs autres journalistes, correspondants de médias italiens.

Certains des habitants ont également jeté des pierres aux immigrés qui ont riposté et ont menacé de faire exploser des bonbonnes de gaz, selon la même source.

Plusieurs dizaines de Lampedusains assiégeaient également les locaux de la municipalité, où s'est retranché le maire Bernardino De Rubeis, auquel ils reprochent une ligne de conduite trop tolérante envers les immigrés.

"Je dois me défendre et je suis prêt à l'utiliser, écrivez-le", a-t-il dit à des journalistes, en montrant une batte de base-ball dans son bureau.

"Nous sommes en présence d'un scénario de guerre", a-t-il ajouté, demandant que "l'Etat envoie immédiatement des hélicoptères et des navires pour évacuer les Tunisiens".

Un avis partagé par le gouverneur de Sicile Raffaele Lombardo: "Lampedusa doit être vidée immédiatement. On ne peut pas accepter que cette perle de la Méditerranée devienne un territoire livré à la guérilla et à la terreur".

"Ce qui se passe était amplement prévisible. Ce qui nous surprend en revanche, c'est que le ministère de l'Intérieur ne l'ait pas prévu", a-t-il dénoncé.

Le Parti démocrate (gauche, principal parti d'opposition) a demandé à ce que "le gouvernement vienne au parlement pour rendre compte des événements d'aujourd'hui, sur les conditions dramatiques des immigrés dans le centre d'accueil et des habitants de l'île".

"Ce qui se passe à Lampedusa a tout l'air d'une tragédie annoncée dans laquelle le gouvernement a des responsabilités bien précises", a déploré le PD.

Selon des chiffres donnés mercredi par le gouvernement au parlement, 50.403 immigrés (45.090 hommes, 2.608 femmes et 2.705 mineurs) sont arrivés depuis le début de l'année à Lampedusa après avoir traversé la Méditerranée dans des embarcations de fortune.

Ce n'est pas la première fois que le centre d'accueil de Lampedusa est le théâtre de tensions et de manifestations de la part des immigrés et des réfugiés, qui protestent contre leurs conditions de rétention et la lenteur du transfert vers d'autres centres moins surpeuplés.