Troy Davis: Condamné sans preuve, sur la foi de témoins qui se sont rétractés depuis

JUSTICE Retour sur 20 ans de procédure pour la défense, et 20 ans d'attente et d'angoisse pour le condamné...

Julien Ménielle

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Une cour d'appel fédérale américaine a suspendu vendredi l'exécution de Troy Davis prévue lundi en Géorgie (sud-est), alors que ce Noir américain assure ne pas avoir commis le meurtre d'un policier blanc pour lequel il a été condamné à mort.
Une cour d'appel fédérale américaine a suspendu vendredi l'exécution de Troy Davis prévue lundi en Géorgie (sud-est), alors que ce Noir américain assure ne pas avoir commis le meurtre d'un policier blanc pour lequel il a été condamné à mort. — AFP/Archives

Troy Davis vit avec la mort comme compagne de cellule depuis 20 ans. De reports en demandes de grâces, son exécution a finalement été programmée pour la nuit de ce mercredi à jeudi. Pourtant, des zones d’ombre subsistent dans le dossier de cet Afro-américain de 42 ans, qui clame son innocence et bénéficie d’un soutien international.

Pas de preuves matérielles

C’est le 19 août 1989, vers 1h du matin, que la vie de Troy Davis bascule. Cette nuit-là, Mark McPhail, un policier de 27 ans, est abattu sur le parking du Burger King de Savannah, dans l’état de Georgie, alors qu’il poursuit trois personnes qui viennent de tenter de racketter un homme. Troy Davis est l’un des agresseurs, et neuf témoins le désignent comme l’auteur des coups de feu.

Troy Davis, 19 ans à l’époque des faits, se rend aux autorités 4 jours plus tard. Le jeune homme reconnaît sa participation à l’agression mais nie avoir tiré sur Mark McPhail. Malgré l’absence de preuve matérielle, à commencer par l’arme du crime, jamais retrouvée, Davis est condamné à la peine de mort en 1991, sur la foi des témoignages qui l’accablent.

Rétractations en chaîne des témoins

Par la suite, sept des neuf témoins se rétractent. Plusieurs d’entre eux évoquent des pressions policières pour signer des dépositions accusant Troy Davis. Les jurés qui ont condamné l’accusé indiquent même qu’ils ne l’auraient pas fait si les nouveaux éléments présentés par la défense avaient été connus à l’époque. Ce qui n’empêche pas la justice de rejeter la demande d’un nouveau procès, en 2007.

Ces quatre dernières années, Troy Davis a vu sa mort de près à plusieurs reprises. La date de son exécution a en effet été repoussée trois fois, souvent quelques heures avant l’injection létale programmée. Lundi encore, la commission des grâces de Georgie n’a pas rendu sa décision à l’issue de sa réunion, ne confirmant l’exécution que quelques heures avant le jour fatidique. A moins que l’appel de dernière minute lancé par sa défense n’aboutisse, Troy Davis sera mort aux premières heures de la journée de jeudi.