Chypre: La Turquie menace d'escorter ses bateaux d'exploration

Reuters

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La Turquie a annoncé ce lundi qu'elle pourrait fournir une escorte navale à ses propres bâtiments d'exploration en Méditerrannée chargés d'effectuer des forages sur des gisements d'hydrocarbures au large de la côte nord de Chypre.

Cette menace risque d'envenimer davantage le contentieux entre Ankara et Nicosie à propos des droits sur les réserves de gaz et de pétrole en Méditerrannée orientale .

Le Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, a également annoncé que des avions, des frégates et des vedettes lance-torpilles effectueraient des missions de surveillance en Méditerrannée orientale.

La veille, le président chypriote Demetris Christofias avait annoncé que les forages débuteraient dans les jours qui viennent au large des côtes sud-est de Chypre.

Cesser les explorations de gaz

Ankara a demandé au gouvernement chypriote grec de cesser immédiatement ses explorations de gaz et prévenu que ses propres navires d'exploration en Méditerranée pourraient être accompagnés d'escortes militaires.

La compagnie pétrolière turque TPAO va se déployer dans les eaux au nord de Chypre en raison d'un accord entre Ankara et la partie pro-turque de Chypre sur le tracé des frontières maritimes, a déclaré le ministre turc de l'Energie, Taner Yildiz.

Le gouvernement chypriote grec, le seul de l'île reconnu par la communauté internationale, recherche des gisements de gaz au large de Chypre avec la compagnie américaine Noble Energy . La partie turque du nord de l'île est exclusivement reconnue par Ankara.

«Nous tenons à ce que les Chypriotes grecs interrompent immédiatement leurs activités avec Noble», a dit Taner Yildiz à des journalistes à Ankara.

Si tel n'est pas le cas, «des bâtiments de la marine turque pourraient escorter les navires de prospection turcs effectuant des missions d'exploration en mer Méditerranée» en vertu d'un accord en cours de mise au point avec le gouvernement chypriote turc, a dit le ministre.

«Les travaux de forage envisagés par les Chypriotes grecs (...) sont une provocation», a-t-il dit aux médias.

Lors d'une conférence de presse avant son départ pour les Etats-Unis, le Premier ministre turc a réitéré l'opposition de son pays aux zones économiques exclusives arrêtées l'an dernier entre Chypre et Israël.

«Nous avons des approches différentes en matière de zones économiques exclusives dans la région telles qu'elles ont été annoncées. Sur ce point, et s'agissant de l'armée, nous surveillerons cette région avec l'aide d'avions, de frégates et de vedettes lance-torpilles».


L'Onu et l'UE prêchent la modération

Erdogan a ajouté qu'en accord avec les Chypriotes turcs, les travaux de prospection pourraient commencer cette semaine au large des côtes Nord de l'île. «A très court terme, peut-être même cette semaine, nous commencerons dans cette zone économique exclusive», a-t-il dit.

Chypre, qui est représenté au sein de l'Union européenne par le gouvernement chypriote grec, a chargé le groupe Noble de rechercher d'éventuels gisements d'hydrocarbures dans les eaux situées au sud-est de l'île.

Affirmant que toute richesse naturelle découverte dans la région appartient aux deux communautés chypriotes, Ankara a qualifié les projets chypriotes grecs de provocation, accusation que Taner Yildiz a réitérée lundi. «Les activités de forage que les Chypriotes grecs entendent mener en Méditerranée orientale sont une provocation», a-t-il dit.

Le différend sur la propriété d'éventuelles réserves d'hydrocarbures au large de Chypre coïncide avec un regain de tension dans la région dâ à la dégradation des liens turco-israéliens.

«Aux termes de l'accord sur le plateau continental avec la République turque de Chypre du Nord, la TPAO sera effectivement présente là-bas. Des plates-formes d'exploration pétrolière s'ensuivraient, mais nous ne souhaitons pas en arriver là», a noté Taner Yildiz.

«En vertu de l'accord (...), la TPAO pourrait commencer des opérations de forage au large du nord de Chypre, en relation avec l'ensemble de Chypre», a-t-il ajouté.

Le président chypriote grec Demetris Christofias a annoncé dimanche que son gouvernement comptait entamer des forages dans les prochains jours.

De source proche du projet, on a rapporté lundi que Chypre avait entamé les derniers préparatifs en vue de détecter la présence éventuelle de gaz. On ne peut encore dire si le forage proprement dit débutera «aujourd'hui, demain ou après-demain, mais le processus a commencé», a-t-on ajouté de même source.

Les Nations unies ont recommandé un règlement pacifique du différend, faisant valoir que les deux parties devraient bénéficier d'éventuelles réserves énergétiques dans la perspective d'une solution politique future de la question chypriote.

Dimanche, le vice-Premier ministre turc Besir Atalay a aussi affirmé qu'Ankara gèlerait ses relations avec l'UE si Chypre exerçait la présidence tournante de l'Union au second semestre 2012.

La Commission européenne a exhorté lundi la Turquie et Chypre à faire preuve de modération en ce qui concerne l'exploration gazière et à rechercher un règlement du problème de la partition entre les parties grecque et turque de l'île.

Un porte-parole de Catherine Ashton, haut représentant de l'UE pour les affaires étrangères, a cependant déclaré qu'il n'était pas question de modifier le calendrier des présidences du bloc. «C'est une chose que nous n'envisageons pas. Il est prevu que Chypre assume la présidence en juillet de l'an prochain», a dit Maja Kocijancic aux journalistes à Bruxelles.