Palestine: Le coup de poker de Mahmoud Abbas à l'ONU

PROCHE-ORIENT Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, va demander vendredi une reconnaissance de l'Etat palestinien aux Nations unies...

Faustine Vincent

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DON EMMERT

Dernière info: Benjamin Netanyahu, le premier ministre israélien, s'est déclaré «intéressé» lundi soir, par une rencontre avec Mahmoud Abbas, président de l'Autorité palestinienne, lors d'une assemblée des Nations Unies à New York.

Non, la Palestine ne deviendra pas le 194e État membre de l’ONU ces prochains jours, malgré la détermination de Mahmoud Abbas à le demander vendredi devant l’Assemblée générale des Nations unies. Pour que ce soit le cas, il faudrait le feu vert du Conseil de sécurité. Or les Etats-Unis ont fait savoir qu’ils opposeraient leur veto. Quels intérêts le président de l’Autorité palestinienne a-t-il à aller malgré tout au bout de sa démarche? Ils sont multiples. «C’est d’abord le moyen de rendre visible l’un des véritables enjeux du conflit israélo-palestinien : le morcellement de la Cisjordanie », rappelle Stéphanie Latte Abdallah, co-auteur d’« A l’ombre du mur, Israéliens et Palestiniens entre séparation et occupation» (Ed. Actes Sud). Dans ce territoire palestinien, le nombre de colons israéliens est passé de 193 000 en 2000 à 300 000 aujourd’hui, plus 200 000 autres à Jérusalem-Est. «Même si l’État palestinien est reconnu à l’ONU, il n’y aura pas d’État viable sur le terrain. Ce n’est pas une opération magique», ajoute-t-elle.

«Mettre la communauté internationale face à ses responsabilités et ses contradictions»

La démarche de Mahmoud Abbas permet également de «mettre la communauté internationale face à responsabilités et ses contradictions», explique la chercheuse. En septembre  2010, Barack Obama avait ainsi lancé un appel à l’ONU pour accueillir d’ici à un an « un nouveau membre des Nations unies: un État de Palestine indépendant vivant en paix avec Israël.» Un an plus tard, il s’y oppose, assurant que cela entraverait la relance du processus de paix. En réalité, il redoute de se mettre à dos le lobby pro-israélien aux Etats-Unis à un an de la présidentielle. Mais comme un veto américain serait mal perçu auprès de l´opinion dans le monde arabe, les Etats-Unis s’activent pour trouver une issue et faire renoncer Abbas. Lequel dit vivre «un enfer» depuis qu’il a annoncé sa décision. Enfin, sur le plan interne, cette démarche est positive pour Abbas : «elle lui permet de reprendre l’initiative politique et de s’auto-légitimer» comme représentant de l’Autorité palestinienne, poursuit Stéphanie Latte Abdallah.

Quelle qu’en soit l’issue, les Palestiniens devraient obtenir une avancée. Car même sans devenir un État membre de l’ONU à part entière, la Palestine peut devenir un État observateur non membre comme l’est le Vatican — et disposer d’outils juridiques sans précédent, ce qui fait frémir Israël — ou a minima, obtenir une reconnaissance politique à travers une résolution. «Cela change tout, notamment parce qu’ensuite les négociations de paix ne se feront non plus dans le cadre du Quartette mais celui de l’ONU», explique Dominique Vidal, co-auteur de «Nouveaux acteurs nouvelle donne, l’État du Monde 2012». Alors que les Palestiniens vont de désillusion en désillusion depuis les accords d’Oslo en 1993, «la démarche d’Abbas permet de remettre en route les négociations, mais sur de nouvelles bases», assure-t-il.

L’Autorité palestinienne dispose actuellement d’un statut d’«entité avec le statut d’observateur» à l’ONU. Elle veut demander la reconnaissance d’un Etat dans les frontières de 1967 avant la Guerre des Six-Jours, depuis laquelle Israël occupe la Cisjordanie et Jérusalem-Est. Une telle reconnaissance permettrait une reprise des négociations, a fait Abbas, selon lequel 126 pays dans le monde reconnaissent les territoires palestiniens en tant qu’Etat. De son côté, le chef de la diplomatie française, Alain Juppé, a affirmé que «le statu quo dans la situation entre Israël et la Palestine n’est ni acceptable ni tenable et comporte un risque d’explosion de violence.»