Tuerie en Norvège: Oslo toujours traumatisée

NORVEGE Deux mois après le drame, «20 Minutes» a rencontré les habitants de la capitale...

Envoyé spécial à Oslo (Norvège), Vincent Vantighem

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La rue Grubbegata, dans le centre d'Oslo, porte encore les stigmates de l'attentat à la bombe du 22 juillet.
La rue Grubbegata, dans le centre d'Oslo, porte encore les stigmates de l'attentat à la bombe du 22 juillet. — Photos : V. Vantighem / 20 Minutes

C'était l'un des symboles d'Oslo. C'est devenu celui des événements meurtriers de l'été. Sur Youngstorget (place de la Jeunesse), la vitre de la grande horloge n'a pas survécu à l'explosion du 22 juillet. Les aiguilles, elles, continuent de tourner. Deux mois après la double attaque qui a fait 77 morts, les Norvégiens sont toujours choqués. A l'image de Berit, une banquière dont le bureau est à Grubbegata, la rue où a eu lieu l'explosion. «Je ne comprends toujours pas, lâche-t-elle en tirant sur sa cigarette. Quand je regarde autour de moi, j'espère que cet assassin va finir ses jours en prison.»

Des roses dans les échafaudages

Dans le centre-ville, le décor est en effet digne d'un film de guerre. Des rues coupées à la circulation, des façades aux fenêtres éventrées et des roses fraîches glissées dans les échafaudages. Ce sont les mêmes fleurs qui fanent dans un carton à l'entrée du siège du Parti travailliste (Arbeiderpartiet).

Donnée perdante avant l'été, la formation de gauche n'a pas eu besoin de toutes les distribuer pour remporter les élections locales le 12 septembre, après avoir perdu 69 de ses jeunes membres dans la fusillade d'Utoeya. «Les gens sont allés voter en masse, confie Marthe, la directrice de campagne. C'était leur réponse au traumatisme…»

«Heureusement que le tueur est norvégien...»

A 20 ans, Vilde s'est ainsi rendue aux urnes. Pour la première fois. «On avait besoin de s'exprimer, explique-t-elle. L'attentat a fait vaciller beaucoup de nos certitudes.» Dans un pays où le Premier ministre avait l'habitude de se rendre au travail à vélo et sans escorte, les Norvégiens s'interrogent désormais sur leur sécurité.

«On en a parlé entre nous à l'université, confie Ellen, une étudiante en langues étrangères tout en révisant ses cours dans le parc qui donne sur le port d'Oslo. On s'est demandé si nous avions besoin de caméras de surveillance, de détecteurs de métaux. La peur amène la peur…» Vendeur en électronique, Ricardo, lui, assure n'avoir changé aucune de ses habitudes. «Je pense que le meurtrier est juste fou, assure-t-il derrière son étal. Mais, heureusement qu'il est norvégien. Sinon, le moindre étranger serait désormais perçu comme un tueur potentiel…»