Wangari Maathai : "Avoir le prix Nobel de la paix m'a beaucoup aidé"

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T.Caplain/LIEU-DIT/20 Minutes

Interview de Wangari Maathai, prix Nobel de la paix 2004, fondatrice de l’ONG kenyane Green Belt Movement

Pourquoi avoir signé lundi une convention de financement avec l’Agence française
de développement (AFD) ?

Le but est de protéger le massif forestier des Aberdares, au centre du Kenya. Il est capital pour la protection de la biodiversité et l’alimentation en eau potable de Nairobi [la capitale]. L’AFD nous donne 1,3 million d’euros pour le réhabiliter, en informant les populations mais aussi en plantant 5 millions d’arbres dans les fermes et pour reboiser le massif.

Quels sont vos moyens d’action ?
Tout d’abord, nous informons les communautés de fermiers qui vivent autour du massif. Leur survie dépend de cette forêt, et pourtant ils coupent les arbres pour planter des cultures et avoir du bois de chauffage. Or, si vous détruisez votre environnement, si vous coupez les arbres, vous devenez vulnérable au moindre changement climatique. Développement durable et lutte contre la pauvreté sont liés. A ceux qui veulent couper les arbres pour cultiver la terre, je dis : « Aujourd’hui, tu as faim. Mais demain, tu seras mort. Dieu ne fait pas de miracle. »

Et à part l’éducation ?
Il y a l’action. Nous invitons les gens à ne plus couper les arbres du massif, à devenir un agent de sa préservation. Nous les encourageons à planter des arbres dans leur ferme pour restaurer l’environnement et avoir chez eux du bois de chauffage, des fruits… Dans ces pépinières, pour chaque graine qui devient un arbre, nous payons 8 cents de dollar.

Le message passe-t-il, auprès des populations mais aussi du gouvernement ?
Avoir le prix Nobel de la paix m’a beaucoup aidé et il a suscité des vocations. La Green belt movement est présente officiellement dans 15 pays, sans compter les endroits où l’on nous a copié. Cela a permis aussi au gouvernement de comprendre l’importance de notre défense de l’environnement. Avant, comme nous critiquions la gestion des ressources par le gouvernement et la corruption, nous étions perçu comme un groupe d’opposition. C’est moins le cas désormais.

Votre association s’appuie sur les femmes, pourquoi ?
Quand je l’ai créé en 1977, je faisais partie du Conseil national des femmes du Kenya. Surtout, en Afrique, ce sont les femmes qui travaillent la terre. Ce sont elles qui vont chercher la nourriture, le bois de chauffage, l’eau. Elles sont réceptives à notre message. Et depuis, les hommes s’intéressent au projet, car ce sont eux qui possèdent la terre.

Recueilli par Clémence Lemaistre


L’ONG Green belt movement (GBM) a été créé en 1977 par Wangari Maathai. Son but est de préserver et réguler les ressources en eau du Kenya en préservant les massifs forestiers. Depuis 1977 , quelque 30 millions d’arbres ont été plantés. Aujourd’hui, la GBM au Kenya se structure autour de 6000 groupes majoritairement de femmes qui possèdent leurs propres pépinières.