Charles Taylor, un criminel de guerre africain

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La présidente du Liberia, Ellen Johnson-Sirleaf, a demandé formellement au Nigeria l'extradition de son prédecesseur en exil, Charles Taylor.
La présidente du Liberia, Ellen Johnson-Sirleaf, a demandé formellement au Nigeria l'extradition de son prédecesseur en exil, Charles Taylor. — Georges Gobet AFP/Archives

 Charles Ghankay Dahkpannah Taylor symbolise à lui seul le chaos politique de l’Afrique. Méconnu du grand public européen, il est pourtant le principal responsable d’une série de conflits qui ont plongé l’Afrique de l’ouest dans l’horreur durant près de quinze ans.

Né en 1948 dans une banlieue aisée de Monrovia, la capitale du Liberia, d'un père noir américain et d'une mère libérienne, il suit des études d'économie au Bentley College (Massachusetts) et entre en 1979 dans la fonction publique libérienne. Un surnom lui est alors donné : "superglu", pour sa fâcheuse tendance à conserver une part importante de l'argent qui passe entre ses mains. En 1983, le président Samuel Doe l’accuse d’avoir détourné 900.000 dollars : Charles Taylor se réfugie alors aux Etats-Unis où il est emprisonné avant de s'évader et de fuir en Côte d'Ivoire. Il se lie ensuite à la Libye, où lui et ses fidèles passent par des camps d'entraînement, et au président burkinabé, Blaise Compaoré.

C’est dans la nuit de Noël 1989 qu’il déclenche avec une petite bande de combattants une des plus atroces guerres civiles du continent africain. Doe est torturé à mort en septembre 1990 par les hommes d'un ancien lieutenant de Taylor. Le conflit voit s'affronter au moins sept factions rivales. Le NPFL de Taylor est l'une des plus craintes. Et pour cause : ses combattants, souvent drogués, sont accusés de tueries, mutilations, viols et cannibalisme. C’est dans ce contexte que Charles Taylor généralise la pratique des enfants-soldats, enrôlés de force, souvent après avoir été forcés à commettre des atrocités dans leurs villages d'origine.

Exportation du conflit

Son influence franchit les frontières du Libéria : un de ses lieutenants, le caporal sierra-léonais Foday Sankoh, exporte en mars 1991 la guerre en Sierra Leone, à la tête du Front révolutionnaire uni (RUF). C'est le début d'un autre conflit, qui va durer une décennie (1991-2001) et dont le cortège d'atrocités fera quelque 120.000 morts. Taylor est accusé par l'Onu de l'avoir alimenté, trafiquant armes et diamants avec les rebelles.

En 1997, après un accord de paix signé sous les auspices de la communauté internationale, les Libériens l'élisent à la présidence. Principal chef de guerre du pays, il se présente comme seul à même de mettre fin à l'horreur. Slogan de ses partisans: "J'ai tué ton père, j'ai tué ta mère, tu votes pour moi!" L'ancien rebelle s'affiche alors avec les attributs du pouvoir. Barbe poivre et sel taillée ras, il se promène bâton de commandement à la main, sanglé dans des costumes tropicaux, ses yeux cachés derrière des lunettes noires d'aviateur. Mais en 1999, le vent tourne pour Charles Taylor avec le lancement, à partir du nord du pays, de la rébellion des Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie (Lurd). Soutenu par plusieurs pays voisins africains et appuyé en sous-main par les Etats-Unis, le Lurd progresse vers Monrovia. La guerre s'achève par trois mois de siège de la capitale, de juin à août 2003.

Un exil doré

Inculpé de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité par le Tribunal spécial pour la Sierra Leone soutenu par les Nations unies, Charles Taylor quitte le Liberia le 11 août pour un exil doré au Nigeria. C’en est fini de 14 ans de conflits qui ont fait pas moins de 300.000 morts et des centaines de milliers de déplacés.

En novembre, un mandat d'arrêt international est lancé mais le chef de guerre, qui se compare à Jésus et à l'agneau du sacrifice, continue de vivre tranquillement dans une luxueuse villa à Calabar (sud). Certains l’accusent de continuer à déstabiliser à distance la région.

Le 25 mars 2006, le président nigérian, Olusegun Obasanjo, accepte finalement de le livrer au Liberia. Charles Taylor tente alors une ultime cavale. A bord de son 4x4 aux plaques diplomatiques, il parcourt plus de 800 kilomètres, accompagné d'un chauffeur et d'un garde du corps. C'est finalement au poste-frontière de Gamboringala, dans le nord-est du pays, qu'il est interpellé en tentant de passer au Cameroun. Quelques heures plus tard, le président Obasanjo, accusé de le protéger, le fait mettre dans un avion. Direction Monrovia, l'arrestation, le transfert vers Freetown et la comparution devant ses juges. Lundi 3 avril 2006, Charles Taylor a plaidé non coupable.